Incendie d’une usine de batteries lithium en Aveyron : "Nous n’avons pas pu mettre en évidence l’impact de l’incendie", selon l'analyse d'Atmo

Publié le , mis à jour
Alexandre Maniez

Un concours de circonstances. On pourrait tenter de résumer ainsi la trajectoire qui a permis à Atmo Occitanie,  l'association agréée de surveillance de la qualité de l'air, de récolter de nombreuses données sur la qualité de l’air après le long incendie de la Snam. Des données qui viennent juste de livrer leurs conclusions.

Lors du long incendie du site de stockage de la Sopave (Snam) à Viviez, débuté le 17 février 2024, puis une fois celui-ci éteint, les mesures n’ont pas manqué afin de déceler l’impact de la catastrophe sur le Bassin decazevillois.

Parmi ces données, celles d’Atmo Occitanie étaient très attendues afin de mieux en comprendre les conséquences sur les habitants du dégagement des fumées de l’incendie de l’entrepôt du Crouzet.

Un concours de circonstances

"Nous ne sommes pas en charge du suivi de l’entreprise Snam et nous ne sommes pas organisés au sein d’Atmo Occitanie pour accompagner les services de l’État et les sites industriels en cas d’incident ou d’accident industriel", prévient d’emblée Dominique Tilak, sa directrice générale. Ainsi, les résultats communiqués par Atmo Occitanie ne sont représentatifs que de la situation moyenne observée sur la période allant du 5 au 20 février. L’expert de référence sur l’air ayant pu, presque miraculeusement, disposer sur le secteur d’un réseau de mesures, prévu originellement pour l’entreprise Séché Eco Services sur l’environnement. Et puisqu’aucun partenariat n’existait entre la structure et la Snam sur le suivi de l’impact de ses activités, c’est à la suite de l’incendie et avec l’accord de son partenaire que l’association agréée a spontanément agi, afin d’organiser une collecte anticipée des prélèvements.

"Nous avons pu bénéficier d’un suivi que nous faisions déjà, pour essayer de comprendre ce qui s’était passé et voir s’il y a eu un impact de cet incendie", résume Dominique Tilak.

Concentrations de nickel, zinc et cobalt en hausse durant la période de surveillance

En pratique, deux suivis ont été réalisés en parallèle sur la période du 5 au 20 février, un suivi des particules PM10 et métaux inhalables (sur lesquels existent des valeurs réglementaires) et un autre dans l’environnement des retombées totales atmosphériques et des métaux (pour lesquels il existe des valeurs de protection de la santé et des écosystèmes).

Selon l’association de référence sur l’air, "les concentrations de métaux réglementés dans les particules inhalables respectent les valeurs fixées par la réglementation en moyenne annuelle." Des conclusions à prendre avec prudence, puisque sur la période contrôlée de l’incendie, du 17 au 20 février, les conditions météorologiques ont dispersé le panache de fumée vers le sud / sud-est de la commune, alors même que les mesures ont été réalisées sur la partie nord du domaine d’étude, , "potentiellement moins exposée à l’impact de l’incendie" selon Atmo Occitanie. Celui-ci "n’a pas identifié d’impact de l’incendie sur les concentrations des métaux suivants dans les particules inhalables : arsenic, cadmium, plomb, lithium et manganèse. Les concentrations sont restées comparables avec la situation connue pour ces derniers mois avant l’incendie." L’agence a tout de même observé des concentrations de nickel, zinc et cobalt en hausse durant la période de surveillance, directement liée à l’incendie.

"Nous avons fait avec ce que nous disposions, qui sont des mesures moyennées", explique Dominique Tilak qui ne souhaite pas tirer de conclusions hâtives. "Sur celle-ci nous n’avons pas pu mettre en évidence l’impact de l’incendie. Mais cela ne veut pas dire que sur les jours où a eu lieu l’incendie, il n’y a pas eu d’impact."

Le cas des retombées atmosphériques

Au regard des données collectées par Atmo Occitanie, les mesures montrent au Crouzet "des niveaux de retombées en hausse sur l’ensemble des composés métalliques", certaines valeurs de référence ayant ainsi été ponctuellement dépassées sur la période. L’impact de l’incendie ne serait pas non plus circonscrit aux zones limitrophes, mais aurait eu un large impact au sud de Viviez.

Et afin de mieux analyser les conséquences à long terme de l’incendie sur le secteur Aubin-Montbazens-Crouzet, l’agence préconise un suivi post-incendie sur une période de six mois incluant des mesures régulières "des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et des dioxines dans les retombées de poussières atmosphériques", ainsi qu’un renforcement du suivi des métaux dans les particules inhalables (PM10) sur le site du Crouzet, "ce qui permettra une évaluation de l’exposition des personnes dans la matrice « air ambiant » au niveau de ce secteur de la vallée".

"Il y a probablement eu des retombées de poussières"

"Ce qui est important, c’est de voir comment les choses évoluent", détaille Dominique Tilak. "Il y a probablement eu des retombées de poussières avec peut-être des métaux et un certain nombre d’éléments. Il faut voir sur les mois à venir s’il y a du réenvole de ces poussières, de ces métaux, et voir les niveaux que nous pourrions avoir dans l’environnement et notamment dans l’air ambiant".

L’association agréée intervient couramment dans le cadre de convention de partenariat, un document qui pourrait prochainement être signée avec la Snam afin de déployer un dispositif de mesure renforcé notamment sur la zone sud de Viviez.

Un suivi que l’association voudrait voir se généraliser grâce à une meilleure dynamique des partenaires institutionnels et industriels à l’échelle régionale, ce qui lui permettrait de se déployer plus rapidement et efficacement sur le suivi post incident ou accident industriel.

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Les commentaires (2)
Mézac Il y a 10 jours Le 04/04/2024 à 08:14

On peut analyser les feuilles, l'herbe et les légumes dans les jardins alentour, là où les fumées ont dérivé ?
C'est réalisable et ça se fait dans les zones SEVESO quand il y a un souci.

Bartas Il y a 12 jours Le 02/04/2024 à 20:31

De toute façon, on sera jamais la vérité, ils nous mentiront !!