Royaume-Uni: le procès des écoutes entre dans le vif du sujet

  • L'ancienne rédactrice en chef de New of the World, Rebekah Brooks, arrive à son procès à Londres le 30 octobre 2013
    L'ancienne rédactrice en chef de New of the World, Rebekah Brooks, arrive à son procès à Londres le 30 octobre 2013 AFP - Will Oliver
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AFP

Le procès des écoutes pratiquées par un tabloïd du groupe Murdoch entre dans le vif du sujet mercredi à Londres, le jour où les patrons de presse britanniques contestent devant la justice un projet de réglementation des médias, rédigé à cause de ce scandale.

Les audiences ont officiellement débuté lundi au tribunal Old Bailey, mais les deux premiers jours ont été consacrés à des questions de procédure, notamment la sélection et la prestation de serment des douze jurés, qui rendront le verdict probablement sous six mois.

Mercredi après-midi, le parquet doit commencer à exposer les charges retenues contre les huit prévenus, dont sept anciens dirigeants ou employés du journal New of the World ou du groupe le chapeautant. Le procès s'annonce politiquement très sensible, trois des accusés ayant des liens d'amitié ou de travail avec le Premier ministre conservateur David Cameron.

Parmi eux, Rebekah Brooks et Andy Coulson, deux anciens rédacteurs en chef du News of the World, le journal à plus gros tirage de la presse britannique jusqu'à sa fermeture en juillet 2011 décrétée par son propriétaire Rupert Murdoch à cause de l'ampleur du scandale des écoutes téléphoniques.

Ces deux accusés sont poursuivis pour avoir illégalement mis sur écoute, dans les années 2000, plus de 600 personnes - des stars comme l'acteur Jude Law et des citoyens ordinaires impliqués dans des faits divers - afin de produire régulièrement des scoops. Ils sont également poursuivis pour avoir corrompu des fonctionnaires pour obtenir des informations.

Rebekah Brooks, l'ancienne "reine des tabloïds", est aussi poursuivie pour entrave au cours de la justice. Selon l'acte d'accusation, elle aurait notamment emporté des archives compromettantes au moment de la fermeture du journal.

Le procès s'ouvre au terme de deux ans d'enquêtes, au cours desquelles la police a procédé à une centaine d'arrestations. Les huit prévenus, qui plaident non coupable, comparaissent toutefois libres. Ils encourent des peines de prison.

Le scandale des écoutes a donné lieu à un vaste déballage sur les pratiques de certains reporters et dirigeants de la presse britannique, la plus puissante en Europe, et mis en lumière ses relations parfois troubles avec le milieu politique et la police.

Devant l'ampleur des révélations, le gouvernement a décidé de réformer le système de réglementation de la presse pour éviter à l'avenir les dérapages. Après moult discussions, les trois principaux partis (pouvoir et opposition confondus) se sont entendus sur un projet qui prévoit la mise en place d'un organe encadré par la loi et dont le conseil ne sera composé d'aucun rédacteur en chef en fonction.

Mais la plupart des journaux y sont farouchement opposés. Hasard de calendrier, ils ont saisi mercredi la justice pour tenter de bloquer l'adoption de ce projet, qui entrave selon eux la liberté de la presse.

Ils doivent argumenter que leur propre proposition de réforme, prévoyant un système d'autorégulation renforcé, n'a pas été suffisamment étudiée.

Si la Haute Cour accepte le recours des journaux, cela retardera d'autant la mise en place d'un nouveau dispositif.

Au tribunal de l'Old Bailey mardi, le juge John Saunders a mis en garde les jurés contre "le niveau peut-être sans précédent de publicité" entourant le procès "Brooks et autres", suivi par des dizaines de journalistes. "Il est absolument essentiel que vous vous forgiez votre propre opinion, au vu des preuves et des arguments qui vous seront présentés devant le tribunal".

"Non seulement les prévenus sont en procès, mais la justice britannique l'est aussi", a-t-il lancé.

John Saunders a appelé les jurés à ignorer les journaux, dont la revue satirique Private Eye, qui a fait sa couverture en présentant Rebekah Brooks, à la longue chevelure rousse, comme une sorcière, à quelques jours de la fête d'Halloween.

Source : AFP

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