Les îles Eparses, une mine d'histoires, d'épaves et un patrimoine fragile

  • Vue aérienne de la couronne de corail française de Bassas da India, le 13 avril 2014
    Vue aérienne de la couronne de corail française de Bassas da India, le 13 avril 2014 AFP - Sophie Lautier / AFP - Sophie Lautier
  • Un touriste marche sur la plage de 'île française Juan de Nova, le 11 avril 2014, dans l'océan indien
    Un touriste marche sur la plage de 'île française Juan de Nova, le 11 avril 2014, dans l'océan indien AFP - Sophie Lautier / AFP - Sophie Lautier
  • Un morceau de corail le 9 avril 2014 sur la page de Grande Glorieuse, une île des territoires d'outre-mer français dans l'océan indien
    Un morceau de corail le 9 avril 2014 sur la page de Grande Glorieuse, une île des territoires d'outre-mer français dans l'océan indien AFP - SOPHIE LAUTIER / AFP - SOPHIE LAUTIER
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La couronne de corail de Bassas da India fut durant des siècles un piège à bateaux dont les trésors, quand ils n'ont pas déjà été trouvés, reposent par le fond. Au milieu de l'océan Indien, la conservation du patrimoine est un exercice compliqué.

Affleurant à peine à marée haute, cet atoll donne encore des sueurs froides aux marins de l'ère moderne. A bord du Marion Dufresne, navire ravitailleur de Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), le commandant Marjak pointe l'écho radar qui "n'est sorti que 15 minutes avant d'arriver". "C'est un danger absolu, cette île! On ne la voit qu'au dernier moment".

Rien d'étonnant alors que les épaves constellent son récif, anneau presque parfait de 10 km de diamètre. Le naufrage le plus ancien, connu grâce au récit d'un survivant, fut celui de la Noa Santiago, une nef portugaise qui sombra un beau jour de 1585 avec 500 hommes.

Ce sont ses 400.000 pièces d'argent et ses canons de bronze qui attirèrent à l'époque contemporaine des chasseurs de trésors. Bien plus que la cargaison de porcelaine de Chine du Sussex, navire britannique de la Compagnie des Indes échoué en 1738.

Combien de naufrages eurent lieu sur ces récifs? "Impossible de le savoir! On connaît ceux dont il y a eu des survivants ou des témoignages. Sinon, à l'époque, on constatait juste qu'un bateau n'était jamais arrivé", explique à l'AFP Michel L'Hour, patron de l’archéologie sous-marine (DRASSM, ministère de la Culture).

Une trentaine d'épaves ont été répertoriées et "celles qui se voient le mieux sont celles des XIXe et XXe siècles, avec toute cette ferraille, ces grandes machines à vapeur", raconte M. L'Hour.

"On ne protège bien que ce que l'on connaît bien: on a besoin de dresser la cartographie des épaves et on n'en est pas encore au stade des fouilles", souligne le conservateur.

Il s'enthousiasme d'avance sur leur "potentiel historique: cela peut révéler des informations sur la vie à bord d'un bateau portugais du XVIe ou sur les modes de navigation des Arabes aux X et XIe", dont il existe des traces de passage dans la zone mais pas encore d'épave connue.

Pourquoi se préoccuper d'épaves ? "C'est comme se demander s'il y a trop de tableaux au Louvre!", rétorque M. L'Hour, "c'est notre histoire, il n'y a pas de raison de l'oublier ou de la laisser se faire piller par des rastaquouères qui vont revendre ça sous le manteau".

- Tombes en corail -

Les îles Éparses, avec la présence de militaires français, ont été bien plus préservées que le voisin malgache dont "le patrimoine archéologique sous-marin a été pillé par toute la planète", déplore Michel L'Hour.

Parmi les naufrages les mieux documentés, il y eut aussi celui de l'Utile, navire de la compagnie des Indes, en 1761 à Tromelin, à l'est de Madagascar. L'histoire des 88 esclaves malgaches "oubliés" sur l'île fit grand bruit, et seuls huit survivants seront récupérés, quinze ans plus tard, par le chevalier de Tromelin.

Quatre campagnes de fouilles ont été menées entre 2006 et 2013 par le Groupe de Recherche en archéologie navale (GRAN) avec le concours de l'Inrap (archéologie préventive) et de l'Unesco. Les travaux dirigés par Max Guérout ont permis de montrer que les Malgaches ne s'étaient pas contentés de survivre mais avaient bien recréé une société, surmonté des tabous et développé une ingéniosité remarquable. Les zones de fouilles ont été comblées pour les préserver, ne laissant aucune trace visible à l’œil du néophyte.

Sur les autres îles - Glorieuse, Juan de Nova, Europa - les différentes périodes d'occupation humaine, essentiellement à des fins d'exploitation du coprah ou du guano fin XIXe et au XXe, ont laissé quelques vestiges.

A Juan de Nova, la Direction régionale de l'action culturelle (Drac) de La Réunion a proposé d'aider à la rénovation de la maison Patureau (du nom du propriétaire de l'exploitation) dont le coût est estimé à 1,3 million d'euros. Le projet est au point mort car il bute sur des questions pour l'heure sans réponses: qui l'entretiendra et à quelles fins?

Quoi qu'il en soit, sur chacune des îles, les militaires se font un point d'honneur à entretenir les cimetières. Sur Grande Glorieuse, les aiguilles des filaos sont régulièrement ratissées entre les 18 tombes de corail passé à la chaux. Elles abritent les dépouilles des personnels seychellois et malgaches qui travaillaient dans la cocoteraie d'Hippolyte Caltaux, un Réunionnais venu tenter sa chance à la fin du XIXe.

"La mémoire de l'île est là. Ces gens venaient sans espoir de retour, il y a même des petites tombes pour les enfants nés et morts ici", fait remarquer le capitaine Franck Alloti, capitaine de la Légion. Pour lui, pas de doute, "Glorieuses, ce sont ces gens-là".

Source : AFP

Centre Presse Aveyron
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