Boeuf gras : des enchères et une «bonne pub pour tout le monde»

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    Boeuf gras : des enchères et une «bonne pub pour tout le monde» Archives Centre Presse Aveyron
Publié le , mis à jour

Concours. Arrivée du printemps oblige, la saison des concours de bœufs de Pâques s’ouvre ce week-end. Lors de ces rendez-vous majeurs, bouchers et moyennes surfaces bataillent pour acquérir les championnes.

Chaque année à la même période, négociants, éleveurs engraisseurs et bouchers artisans de la région se retrouvent successivement à Laguiole et Baraqueville pour les traditionnels concours de Bœufs de Pâques. Véritable institution des professionnels qui viennent y présenter des bêtes «exceptionnellement bien finies», ces concours sont également l’occasion de ventes aux enchères. Si les deux vaches championnes du concours sont mises à prix à Laguiole, les acheteurs peuvent investir sur 7 bêtes à Baraqueville. «Ces derniers viennent chercher des saines, propres, bien traitées et bichonnées», explique Jean-Yves Renard, président de la fédération nationale des concours de boucherie, qui y voit un réel gage de qualité.

«Chez nous, c’est Pâques toute l’année»

Et si les artisans bouchers sont sur les starting-blocks pour espérer repartir avec une championne, à l’heure des enchères, ils font face à des enveloppes «no limit». Celles des grandes surfaces. «C’est trop facile de venir acheter une bonne vache une fois dans l’année, réagit vivement Damien Planque, gérant de la société Onet Viandes. Après, faut voir ce qu’ils ont dans les rayons toute l’année. Chez nous, c’est toute l’année Pâques !» 

«Ils n’achètent pas la bête mais la plaque»

Le boucher-abatteur a pris l’habitude de suivre sur ces concours de Pâques les éleveurs avec qui il traite toute l’année, puisque l’intégralité de ses vaches provient directement de deux ou trois éleveurs locaux. «Acquérir une médaille, c’est une bonne pub pour tout le monde. Cela fait plaisir à mes clients et je contribue à encourager les engraisseurs dont l’activité coûte cher et qui ont besoin de ces événements pour continuer», confie l’artisan. «C’est extrêmement frustrant pour nous, ajoute Lucien Conquet. Il n’y a pas d’arrangements avec ces gens-là, ils n’achètent pas la bête mais la plaque et se moquent du côté sentimental. Alors que je me bats pour que ces championnes ne sortent pas du département.» Quitte à dépasser le budget prévu de temps en temps «par affinité pour les éleveurs». Côté financier, Lucien Conquet l’assure : «ça ne rapporte rien»

Retombées médiatiques

Vendues avec un euro de plus-value par kg/carcasse en moyenne, les vaches de concours sont une belle vitrine autant pour les engraisseurs que pour les acheteurs. Claude Azémar, ancien président du syndicat des bouchers de l’Aveyron qui avoue «s’enflammer»en se positionnant sur quelques vaches par an, explique : «Une fois découpée et vendue, une vache de concours me coûte 2000 à 3000€ que j’inclus dans mon budget publicité, compte tenu des retombées médiatiques et de l’attrait du consommateur. C’est ma manière de faire voir que la boucherie artisanale est bien là.» 

«Gros lot»

Pour les organisateurs, les grandes enseignes systématiquement présentes «sont des acheteurs comme les autres». «Nous avons besoin de tout le monde, lâche Jackie Serieys, aux commandes du concours ségali. Ce qui importe, c’est que les 400 bêtes partent à un prix convenable.» Et Didier Dijols, son homologue laguiolais, de conclure : «Ces grands groupes sont extrêmement importants, sans eux on ne liquiderait pas tous les animaux». Ce qui n’empêche pas les petits bouchers de résister et de décrocher régulièrement... «le gros lot».

Lola Cros
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