Médecin à la maison d’arrêt de Rodez : «Je me pose des questions sur l’utilité de la prison»

  • L’un des couloirs longeant les cellules de l’ancienne prison Combarel, juste avant sa démolition. Louis y a fait ses débuts, avant de rejoindre la maison d’arrêt de Druelle.
    L’un des couloirs longeant les cellules de l’ancienne prison Combarel, juste avant sa démolition. Louis y a fait ses débuts, avant de rejoindre la maison d’arrêt de Druelle.
Publié le , mis à jour

Vous souvenez-vous de votre premier jour en tant que médecin pénitentiaire à Rodez et de ce qui vous a guidé dans cette démarche ?

Oui, c’était au tout début de l’année 1996. J’ai été diplômé de la faculté de médecine de Toulouse en 1985, et je n’étais pas du tout sensible au monde carcéral à l’époque. J’ai longtemps travaillé avec le Samu de Rodez et, en 1995, la loi pénitentiaire UCSA (Unité de consultation et de soins ambulatoires) est passée, le pénitentiaire a été rattaché au Samu. Il a fallu trouver un généraliste, ce fut moi ! À ce titre j’ai suivi une formation en médecine pénitentiaire autour du fonctionnement, des aspects psychologiques de la détention, de la toxicologie...

Vous avez connu la nouvelle maison d’arrêt, à Druelle, mais vous avez fait vos débuts en tant que médecin pénitentiaire dans l’ancien établissement, en centre-ville de Rodez...

C’est vrai, j’ai débarqué dans une prison ancienne, avec des cellules à six places. Toutes étaient occupées, il y avait déjà une surpopulation carcérale. Ce qui m’a marqué durant ma première semaine, c’est cet homme que j’ai rencontré et qui en était à une trentaine d’incarcérations...

Entre 1996 et 2016, avez-vous noté une évolution dans le profil des détenus ?

Dans les années 1990, pas mal de détenus l’étaient pour des affaires de mœurs. Aujourd’hui, beaucoup sont enfermés pour des affaires de trafic de drogue ou de toxicomanie. Et désormais, il y a des gens de tout le pays, surtout depuis l’ouverture du viaduc de Millau : policiers et gendarmes attrapent davantage les go-fast (convois rapides de drogue, NDLR). Il y a aussi de nos jours beaucoup plus de maladies psychiatriques, sans doute du fait que la prison coûte beaucoup moins cher que l’hôpital psychiatrique à la société. Concernant l’aspect médical, aujourd’hui, il y a une grande équipe à Druelle avec trois psychiatres, des psychologues, addictologues, éducateurs, quatre infirmières...

Quel était votre rôle au sein de la prison ?

Je m’y rendais deux fois par semaine mais aussi en cas d’urgence. On procédait à la visite d’entrée des détenus, dans les 48 heures après leur arrivée, je vaccinais, signais des certificats médicaux d’aptitude à l’isolement, à effectuer des travaux d’intérêt général... Syphilis, tuberculose, sida, recherche de MST... J’étais confronté à des pathologies comme dans les livres, c’était intéressant. Je devais aussi gérer les suicides et chantages au suicide, les grèves de la faim, les premiers jours de détention (qui sont souvent très difficiles), ceux avant la libération (qui peuvent l’être tout autant)... Il y a des gens qui ne voient jamais de médecin... sauf en prison. Beaucoup demandent des médicaments (notamment des régulateurs d’humeur) dès leur entrée en prison.

Quel type de rapports entreteniez-vous avec les détenus ?

Je ne demandais pas aux gens ce qu’ils avaient fait. Moins on en sait, mieux c’est. Et puis parfois il vaut mieux ne pas savoir, pour ne pas avoir de scrupules à soigner la personne...

Pensez-vous que la détention soit profitable aux détenus ?

Je me pose des questions sur l’utilité de la prison... sauf pour certains cas bien sûr. Il faut faire quelque chose, mais quoi ? Je ne sais pas. Cependant je pense qu’on ne va pas par hasard en prison. Beaucoup de détenus n’ont aucun repère, aucune barrière, ils ne savent pas se contenir. Beaucoup ne font rien, ne s’intéressent à rien... La solution, pour moi, c’est l’école.

Centre Presse / Xavier Buisson
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