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Benoît Vautrin, un policier « idéal » victime d’un délinquant de la route

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    Benoît Vautrin, un policier « idéal » victime d’un délinquant de la route
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Il n’était pas « Superman » et ne voulait « plus prendre de risques » depuis la naissance de sa fille : les jurés des assises de l’Aveyron ont entendu jeudi à Rodez le portrait d’un policier « idéal » qui a été mortellement percuté en avril 2015 par un « délinquant de la route » tentant d’échapper à un banal contrôle routier.

«Il a toujours fait très attention. Il n’était pas Superman. Il pensait tout le temps à nous », a souligné la veuve de Benoît Vautrin, 37 ans, affirmant que son mari ne « voulait plus prendre de risque » depuis la naissance de Roxane en 2014.

« Dans son esprit, Decazeville, c’était la fin du danger » après plusieurs années en région parisienne, a d’ailleurs résumé l’avocat des parties civiles, Me Laurent Boguet. Decazeville n’était pas l’endroit souhaité par le policier lorsqu’il avait demandé sa mutation. Lui, l’enfant de Lempaut, voulait revenir dans son département d’origine, le Tarn. Mais il avait essuyé plusieurs refus. Au point de douter de ses capacités. Mais pas de démissionner.

Son métier, c’était « une vocation », a rappelé sa mère, il a voulu faire ce métier dès l’âge de « trois ans ». Il a donc logiquement intégré la police, d’abord la PAF (Police des frontières) à Roissy, puis la BAC (brigade anticriminalité) également à Roissy avant de rejoindre Decazeville, bourgade d’un peu plus de 5.000 habitants.

Au total à son actif, une quinzaine d’années de service. Et que des louanges : « fonctionnaire idéal », « jovial », « jamais de médisance »... ont témoigné ses chefs ou collègues auprès de l’enquêtrice de personnalité.

Des avis si favorables que celle-ci s’est demandée s’il n’y avait pas eu un « processus d’idéalisation ». « Mais non, tout le monde m’a dit que ses propos étaient sincères », a-t-elle assuré.« Pour lui, être policier, c’était rendre service », a encore souligné sa veuve, avant d’insister sur l’inutilité du geste de l’accusé : malgré son excès de vitesse à 94 km/h avec sa puissante berline allemande, « il n’aurait peut-être même pas été verbalisé », a-t-elle affirmé.

Dans le box des accusés, où il comparaît depuis mardi, Jérémy Munoz, 30 ans, n’a pour sa part pas changé un iota à sa version initiale. « C’est moi qui ai le volant, c’est donc moi le responsable. Mais je ne suis pas d’accord avec la qualification de violence. Pour moi, il n’y a aucune intention de faire mal », a affirmé ce chauffard, aux allures d’élève sérieux avec sa veste bleue, ses cheveux courts, ses lunettes sur un visage fin. Dans la salle, comme à la barre quelques minutes plus tôt, cette position est très mal passée auprès de la famille du sous-brigadier Vautrin.

En milieu d’après-midi, une partie de la famille a quitté la salle lors de la diffusion des différentes versions de la reconstitution du drame avec un mannequin.

Elles ont toutes montré a minima que Munoz roulait trop vite pour éviter le choc, qu’il n’a pas freiné, et qu’il a percuté à plus de 100 km/h (route limitée à 50 km/h) le policier, propulsant le corps à plus de 60 mètres.

Munoz se défend en affirmant que le policier a mal interprété sa manœuvre et a bougé avec « des pas chassés » alors que lui pensait qu’il resterait statique.

La veuve, Élisabeth, qui porte encore le deuil, est en larmes. « Le pire, c’est de voir la barbarie avec laquelle il a été tué. Je ne comprendrai jamais. Même un lapin sur la route, on freine pour l’éviter », a-t-elle lancé.

«Vous nous avez détruits. Devant un chat ou un chien, on freine », a renchéri Béatrice, la mère du policier, fusillant « le délinquant de la route » du regard.

Pour toute cette famille, rien n’explique ce drame du 10 avril 2015 à Aubin, non loin de Decazeville, son affectation depuis septembre 2014.

Les réquisitions et le verdict sont prévus vendredi. Munoz encourt 20 ans de réclusion criminelle.

Centre Presse
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