Environnement

Glyphosate : pourquoi les députés aveyronnais n'ont pas voté contre ?

  • Glyphosate : pourquoi les députés aveyronnais n'ont pas voté contre ?
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La polémique ne faiblit pas. Dans la nuit de lundi à mardi dernier, une partie des députés (63 des 83 présents se sont prononcés contre), ont voté contre l’amendement qui visait à inscrire dans la loi Agriculture et Alimentation la sortie du glyphosate en 2021, après la décision de l’Union européenne en novembre 2017 de renouveler la licence de l’herbicide pour cinq ans. Le Président de la République avait promis qu’il serait interdit en France dès que des alternatives auront été trouvées, au plus tard dans trois ans. Le glyphosate est le principe actif du Roundup, l’herbicide le plus utilisé en France, en dépit de son classement au rang de substance cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé.

Arnaud Viala : "Je ne veux pas empoisonner les gens"

Arnaud Viala (Les Républicains), député de la 3e circonscription a tenu à s’expliquer après avoir voté contre l'interdiction du glyphosate. « Je n’ai pas de regret sur mon vote, assure-t-il avant de poursuivre, de plus, contrairement à ce qui a été dit, il ne s’agissait pas de se prononcer pour ou contre l’interdiction du glyphosate. L’interdiction relève du niveau européen ! Il s’agissait simplement de l’inscrire dans la loi française. Cela aurait eu pour conséquence une transposition supplémentaire des textes de loi. » Et le député du Sud-Aveyron de compléter : « Contrairement à ce que j’ai pu lire, notamment sur les réseaux sociaux, je ne veux pas empoisonner les gens. Mais l’amendement est dangereux car il expose les agriculteurs français à toujours plus de contraintes alors que les autres pays européens auraient poursuivi l’utilisation du glyphosate. Il y aurait eu un problème de compétitivité. »

Arnaud Viala précise aussi que les consommateurs français auraient été « trompés puisque les produits européens importés ont été traités avec du glyphosate ». Un autre point interroge certains citoyens : l’absence de nombreux députés lors du vote. Arnaud Viala, présent lors du vote, précise : « Un député ne peut être présent à 150 % dans l’hémicycle. Il participe également à des commissions, à des réunions, etc. Et pour couper court à toute rumeur, je ne suis lié à aucun lobby et mon vote n’a été influencé par personne. »

Stéphane Mazars : "Macron respecte ses engagements"

Pour le député de la 1re circonscription, Stéphane Mazars (LREM), absent le jour du vote, « Emmanuel Macron respecte son engagement de sortir de l’utilisation du glyphosate d’ici trois ans. S’il a une qualité, c’est celle de respecter ses engagements ». « Nous serons au rendez-vous, dans trois ans, reprend le député. D’ici là, nous devons mettre tout le monde, dont les agriculteurs, en conformité. Nous devons leur laisser le temps de se préparer. » « Encore une fois, nous avons pris l’engagement de ne pas faire de surtransposition des textes européens et ne pas rajouter de la contrainte, explique Stéphane Mazars. De plus, nous ne devons pas mettre en péril l’équilibre économique des exploitations en retirant un produit qui est encore utilisé. Nous devons co-construire la solution avec les agriculteurs. Il s’agit d’une véritable transformation de la société. » « Cet amendement a été présenté par des députés qui veulent simplement faire parler d’eux, assène Stéphane Mazars. L’essentiel de ces textes issus de la loi Alimentation était pour moi d’assurer aux agriculteurs un revenu plus juste. »
« J’invite tous ceux qui critiquent l’absentéisme des députés à venir me suivre pendant une semaine à l’Assemblée nationale, glisse l’avocat. On ne peut pas être présent 24 heures sur 24 dans l’hémicycle, les travaux en commission prennent beaucoup de temps. »

Anne Blanc : "Je suis totalement contre..."

« Je suis totalement contre l’utilisation du glyphosate. On a vu les dégâts que ce produit pouvait causer, déplore la députée de la 2e circonscription, Anne Blanc (LREM), absente le jour du vote. Je suis d’autant plus concernée par cette question que lorsque j’étais maire de Naucelle nous devions, en tant que collectivité, renoncer à l’utilisation des produits phytosanitaires. »
Si la députée s’est abstenue de voter - Anne Blanc n’était pas présente lorsque l’amendement a été présenté - elle précise « que cette interdiction soudaine aurait eu des conséquences importantes pour les agriculteurs et pour toutes les professions qui utilisent ces produits ». « La suppression du glyphosate doit être prononcée mais prenons le temps d’assurer la transition », rajoute la parlementaire.
« Il s’agit d’un amendement d’appel, poursuit la députée. L’interdiction finira par être votée. Les députés qui ont présenté cet amendement ont le droit de s’exprimer. Toutes les sensibilités existent dans notre majorité. Ces députés-là ont une fibre environnementale, tout comme moi, particulièrement sensible. » « Je n’aurais pas voté le texte contre l’interdiction du glyphosate, explique Anne Blanc. Ce point-là n’était, pour moi, pas plus important que d’autres points de la loi Alimentation. La mission d’information parlementaire qui va être lancée va nous apporter de nouveaux éléments. »

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