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"À très moyen terme, plus d’occitan du tout" dans l’Aveyron ?

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  • Le 17 février à Toulouse, près de 3 000 personnes manifestaient à l’appel du Centre régional des enseignants d’occitan (CREO) pour « rétablir et maintenir  ces heures spécifiques ».
    Le 17 février à Toulouse, près de 3 000 personnes manifestaient à l’appel du Centre régional des enseignants d’occitan (CREO) pour « rétablir et maintenir ces heures spécifiques ». Repro CPA -
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Mort annoncée de l’enseignement de l’occitan (et, au-delà, des langues régionales) pour nombre de professeurs et associations, la réforme des lycées suscite débats et vives inquiétudes. Au niveau départemental, l’inspection d’académie affirme qu’il n’y a "aucune baisse de moyens". La réponse semble être entre les mains des chefs d’établissements.

Il y a eu des inquiétudes dans les collèges et lycées avant que les Dotations globales horaires (DGH) n’arrivent, à la fin du mois de janvier, des peurs que la réforme ne se traduise par une baisse de moyens. Désormais, les retours que j’ai, montrent que les chefs d’établissement sont tous rassurés". Pour la Directrice académique des services de l’Éducation nationale Armelle Fellahi, enseignants et chefs d’établissements n’ont pas d’inquiétudes à avoir quant à la future réforme et la poursuite de l’enseignement de l’occitan.

Tous les collèges de l’académie bénéficient d’une dotation de 26 heures pour l’enseignement obligatoire ainsi que 3 heures de dotation complémentaire pour les enseignements facultatifs (latin, occitan, travaux par petits groupes). Sur l’académie de Toulouse, ils reçoivent d’autre part une allocation progressive de moyens, qui représentait, selon les établissements, jusqu’à 10 heures hebdomadaires.

Des moyens désormais non-identifiés

Dans les lycées, où le mode de financement changera en septembre, c’est le même principe d’allocation progressive de moyens qui régira l’enseignement de la matière, uniquement disponible en option.

Ce qui inquiète les enseignants, c’est qu’à la rentrée, "les heures d’occitan seront incluses dans la DHG. Et quand cette DHG est serrée, comme c’est souvent le cas, il ne sera pas possible de maintenir l’occitan, qui entrerait en concurrence avec d’autres disciplines", comme l’explique un professeur d’occitan en lycée qui tient à garder l’anonymat.

En clair, les heures dédiées à l’occitan ne seraient plus "fléchées", c’est-à-dire automatiquement dédiées à la discipline. "Cela a pu susciter certaines craintes", concède la Dasen Armelle Fellahi à ce sujet. "Rien n’obligera les chefs d’établissement à les attribuer à l’occitan, poursuit l’enseignant. L’occitan est un enseignement en plus, un enseignement optionnel qui doit enrichir la culture des enfants… et non les priver de quelque chose d’autre. À très moyen terme, il n’y aura plus d’enseignement de l’occitan du tout dans l’Aveyron".

"Depuis toujours le parent pauvre"

Même son de cloche du côté de Jean-François Mariot, professeur d’occitan au lycée La Découverte de Decazeville. Au rythme de deux heures chaque semaine, il dispense ses cours, optionnels. " La réforme va générer énormément de perte en termes d’heures de cours… L’occitan a été sacrifié, il est depuis toujours le parent pauvre. Ce qui se profile sur les deux à trois années qui arrivent, c’est une disparition de l’enseignement de l’occitan, notamment optionnel ", affirme Jean-François Mariot. Au lycée decazevillois, ils sont une dizaine (avec certaines années des "grands débutants", totalement néophyte en la matière) à suivre ces cours " basés sur l’apprentissage oral de la langue en vue de présenter un examen oral au Bac, qui peut leur permettre d’obtenir davantage de points ", explique le professeur, reprenant : "C’est un enseignement en sursis. À La Découverte, nous l’avons conservé par la volonté du chef d’établissement. Le risque est qu’ils piochent dans l’enveloppe de la dotation globale horaire pour servir le latin ou le grec. La décision revient aux chefs d’établissements ", conclut Jean-François Mariot.

Armelle Fellahi : "Pas de baisse des moyens sur l’occitan"

"Le bilinguisme est maintenu par le rectorat. C’est ensuite un choix pédagogique des établissements. Les chefs d’établissements ont des choix à faire, chaque année…", résume Armelle Fellahi, qui affirme que les services départementaux de l’éducation nationale ont vérifié au cas par cas que les DGH "permettent aux établissements de maintenir l’enseignement de l’occitan. Il n’y a pas de baisse de moyen sur l’occitan, ni au premier, ni au second degré. Nous avons même une politique de recrutement d’enseignants avec certification. Il n’y a aucun recul", poursuit la Dasen.

En chiffres

15 écoles proposent un enseignement bilingue dans le département.

848 élèves du premier degré suivent un enseignement bilingue occitan dispensé par 25 enseignants. Pour la rentrée 2019, les prévisions font état de 849 élèves pour un nombre d’enseignants inchangé.

15 collèges proposent un enseignement bilingue et/ou une option occitan dans le département, soit 872 élèves concernés, pour un effectif enseignant de 7,5 postes.

Les 6 lycées du département dispensent l’enseignement de l’occitan en option, ce qui intéresse 142 jeunes.

4 000 élèves, à la faveur de nombreuses interventions d’associations notamment, bénéficient chaque année d’une sensibilisation à l’occitan.

Le Département adopte une motion proposée par la gauche

Le mois dernier en séance plénière du Département, le Groupe Socialiste et Républicain a proposé une motion de soutien à l’enseignement de l’Occitan. Pour les élus de gauche, Sarah Vidal, conseillère départementale du canton Rodez 1, a défendu la spécificité de la langue occitane et rappelé les engagements pris par le Président de la République dans ce domaine. La motion a été adoptée par l’assemblée départementale.
En voici quelques extraits : « Plusieurs dispositions affaiblissent l’apprentissage de la langue occitane et plus globalement des langues régionales dans les établissements scolaires. Cette réforme met en concurrence systématiquement les langues régionales avec les langues étrangères. Elle dévalorise l’intérêt pour un élève de prendre la langue occitane en option, forme d’enseignement la plus choisie pour les élèves de notre région, en supprimant son caractère bonifiant. »

Xavier Buisson
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