L’Aveyron fait tout pour donner prise à la voiture électrique

Abonnés
  • Une borne de recharge à Entraygues.
    Une borne de recharge à Entraygues. Archives CP/XB / Archives CP/XB
  • Les collectivités ne sont pas les seules à s’équiper. Les sites privés en font de même comme ici à l’hôtel-restaurant Bras, au Suquet (Laguiole).
    Les collectivités ne sont pas les seules à s’équiper. Les sites privés en font de même comme ici à l’hôtel-restaurant Bras, au Suquet (Laguiole). c.c. / c.c.
Publié le / Mis à jour le S'abonner

400 familles ont un véhicule électrique en Aveyron. Et le Sieda poursuit son effort pour mailler le département de bornes de recharge. La question de la pertinence d’un tel engagement peut se poser…

Emmanuel Macron, dans son plan de soutien à l’industrie automobile, souhaite multiplier par cinq les aides permettant aux territoires de s’équiper au plus vite en bornes rechargeables. Et donner ainsi un coup d’accélérateur à la transition énergétique dans le domaine de l’automobile, devenu un axe prioritaire.

L’Aveyron n’a pas attendu les annonces du Président de la République et leur effet d’aubaine pour équiper, à travers un maillage fin, son territoire. Et ce, dès 2015. Aujourd’hui ce sont 68 bornes rechargeables implantées dans tout le département, par le Sieda, avec le concours des collectivités locales, de l’Ademe, et l’appui d’un opérateur ad hoc, Reveo.

"Anticiper le besoin"

Face à ces bornes, dont le projet du Sieda (Syndicat intercommunal d’énergies du département de l’Aveyron) est d’en porter le nombre à 80 d’ici deux ans, quelque 400 véhicules électriques immatriculés en Aveyron, sur les 120 000 en circulation. Le ratio est faible. Faut-il continuer à fourbir les armes ?

"Il y a cinq ans, on a créé le besoin, en tout cas on l’a anticipé et l’on a voulu rassurer le potentiel acquéreur, explique Guillaume Chambert, directeur du Sieda. Il faut rester vigilant aujourd’hui en regard de l’évolution du nombre de véhicules électriques, qui s’accélère ".

Les primes importantes accordées par le gouvernement vont probablement contribuer à doper ce marché, les concessionnaires, qui reconnaissent un volume d’achat qui n’excède pas 6 % du parc (hybride compris), y croient. Le Sieda suivra donc le mouvement. "On verra si l’on continue à densifier le nombre de bornes ", prévient Guillaume Chambert. "Aux collectivités de nous dire si elles sont candidates ou pas à en implanter chez elles, poursuit Jean-François Albespy, conseiller département et président du Sieda. On a profité des aides de l’État au début, on a eu un retour favorable des communes. à elles de se positionner avec ce nouveau plan, surtout si elles ne sont pas déjà équipées… On s’adaptera toujours aux besoins."

Faut-il continuer ?

Faut-il donc toujours densifier un réseau jugé à ce jour "suffisant" par le président du Sieda et son directeur ? D’autant que tous deux rappellent que les bornes demeurent un système d’appoint "pour des gens qui n’ont pas de garage", une sorte de "réassurance car l’usage habituel est de recharger le véhicule chez soi".

Des bornes supplémentaires ne devraient pas emporter la conviction des indécis, plus enclins à profiter des primes sur l’achat d’une formule électrique, et les bienfaits que cette dernière peut apporter à la planète. Même dans un département si étendu, où la voiture branchée ne saurait être le seul moyen de déplacement.

Côté plus. Guillaume Chambert : "Idéal pour les courts trajets"

Directeur du Sieda, Guillaume Chambert n’est pas plus que quiconque un militant forcené du véhicule électrique. Mais il justifie la "création d’un besoin" initiée par le syndicat intercommunal il y a cinq ans déjà pour placer l’Aveyron dans une démarche de transition énergétique.

"Le véhicule électrique n’est pas contrairement à ce que beaucoup de monde pense, seulement fait pour les zones urbaines. Mais plutôt pour des territoires comme les nôtres. Il est adapté aux courts trajets quotidiens qui sont le lot de nombreux Aveyronnais, comme les déplacements domicile-travail sur 20 ou 30 kilomètres. Des études de l’Ademe, l’agence de la transition écologique, se sont appuyées sur le coût global du véhicule pour définir le nombre de kilomètres annuels à parcourir pour être rentable. On arrive ainsi à 15 000 kilomètres par an…" Un parcours qui permet, sur douze mois, d’emprunter régulièrement les routes départementales. Pas question en revanche de partir en vacances avec un véhicule qu’il faudra souvent recharger en s’armant de patience. Guillaume Chambert en convient.

"Quant à la pollution que relèvent certains détracteurs, une autre étude de l’Ademe a établi que le bilan carbone est positif pour un véhicule électrique au bout de 30 000 kilomètres", plaide le directeur du Sieda, qui remarque néanmoins que "400 familles roulent en électrique en Aveyron, et même si c’est peu, le nombre est toujours en hausse".

Côté moins. Christophe Bayol : "Pas adapté aux besoins aveyronnais"

Christophe Bayol est le coprésident de la FNA 12, la fédération des artisans de l’automobile en Aveyron. Avec ses collègues, il "ne voit pas beaucoup de véhicules électriques revenir en réparation, car très peu roulent dans le département…" Pour autant, les artisans de l’automobile ont suivi des formations spécifiques à l’entretien de ces véhicules, "un protocole sécuritaire identique à celui qui est en vigueur pour les agents EDF travaillant sur la haute tension !".

Mais ses réticences à l’égard du véhicule électrique sont ailleurs : "Quand on en parle entre professionnels, on reste dubitatifs, ce n’est pas la solution. Tout d’abord, l’autonomie est un frein et les constructeurs annoncent des chiffres optimisés, très souvent éloignés de la réalité. Quand vous roulez tous les jours, il est impossible de tenir les chiffres de consommation annoncés. Et puis, la voiture électrique… pollue. Au bilan global, avec des batteries à construire et à recycler, avec leurs métaux lourds, la pollution est une réalité. En fait, on veut tout faire pour que les gens achètent de l’électrique : c’est plus un business que de l’écologie".

Pas pertinente la voiture électrique ? "C’est une alternative, mais pas la seule. En fait, les Aveyronnais ont du bon sens : ils voient bien qu’elle n’est pas adaptée à leurs besoins. Les ventes en attestent. Car les consommateurs se posent aussi d’autres questions : quelle valeur aura le véhicule dans huit ou dix ans, avec une batterie épuisée qui aura perdu la moitié de son autonomie et dont le remplacement coûtera presque le prix de la voiture ? Et puis, sur le nombre de véhicules vendus, combien le sont à des particuliers ? Beaucoup d’entreprises s’équipent… pour se donner une "conscience verte". Autant d’éléments qui font que, en Aveyron plus encore qu’ailleurs, le véhicule électrique n’est peut-être pas pertinent".

Christophe Cathala
Voir les commentaires
Réagir
Les commentaires (1)
Anonyme15522 Il y a 3 mois Le 09/06/2020 à 13:43

La voiture électrique c'est pire que les énergies fossiles ...c'est donner carte blanche à un lobby nucléaire catastrophique pour l'humanité...CRÉTINS