Aveyron : un éleveur et des vétérinaires devant la justice après une vidéo L214

  • Un cliché de l'élevage, issu de la vidéo publiée par L214.
    Un cliché de l'élevage, issu de la vidéo publiée par L214. -
Publié le , mis à jour

Deux ans après la vidéo choc publiée par L214, l'exploitation ovine Grimal à Rullac-Saint-Cirq ainsi que plusieurs vétérinaires sont jugés cet après-midi devant le tribunal de Rodez.

Juillet 2020. L’association L214 épingle l’abattoir de Rodez dans une vidéo choc. Dans celle-ci, l’une des plus grandes exploitations ovines du département est également visée. Il s’agit de la SARL Grimal, située au lieu-dit Parizot sur la commune de Rullac-Saint-Cirq. Sur les images, on y voit des agneaux boiteux ou encore en difficulté respiratoire. Certains gisent au sol, à côté des autres. « La SARL Grimal engraisse 120 000 agneaux par an, soit 10 % des ovins qui naissent sur le territoire de l’appellation d’origine protégée roquefort. Les images en montrent des milliers entassés dans des bâtiments sans jamais avoir accès à l’extérieur. De nombreux agneaux sont malades, certains agonisent pendant des heures sans recevoir de soins. Des bacs d’équarrissage sont remplis d’animaux morts », précise l’association dans un communiqué de presse accompagnant la vidéo.

Mauvais traitements, tromperie sur la marchandise…

Deux ans plus tard, les exploitants – le père et son fils – sont attendus devant le tribunal. À la suite de la diffusion de la vidéo, le parquet de Rodez a ouvert une enquête. Elle fut particulièrement approfondie et les poursuites sont aujourd’hui nombreuses : mauvais traitement envers un animal, administration non conforme d’un médicament vétérinaire, registre d’élevage non conforme ou encore tromperie sur la marchandise. « Moi, un animal en bonne santé, c’est tout ce que je veux », s’était défendu Johan Grimal dans nos colonnes en 2020. L’agriculteur avait même décidé d’ouvrir les portes de sa ferme devant les journalistes. « Au fil du temps, on est passé de quatre à deux agneaux par m2 […] Il fait 18 à 20 degrés dedans, ils ont une nourriture saine, de l’eau toujours propre, vous croyez qu’ils ne sont pas bien ? », avait-il déclaré encore, reconnaissant être « très en colère » contre les activistes de L214.

Les vétérinaires également poursuivis

Toujours est-il que la justice n’a pas concentré exclusivement son enquête sur l’exploitation. La brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires (BNEVP) a également été saisie. Celle-ci a procédé à des perquisitions sur le site de l’exploitant mais également chez des vétérinaires de la région, régulièrement appelés à travailler avec la SARL Grimal. Deux ont été placés en garde à vue et comparaîtront aujourd’hui. Ils devront répondre de faux, usages de faux, délivrance sans ordonnance d’un médicament, prescription d’un médicament à un animal auquel elle ne donne pas personnellement de soins…

Usage « excessif » d’antibiotiques ?

L’enquête s’est effectivement longuement consacrée sur des commandes « excessives » de Draxxin (antibiotique injectable) et d’aliments médicamenteux (antibiotiques). Des quantités considérables du premier antibiotique ont pu être tracées : pour 2019, 279 flacons de 250 ml de Draxxin pour un montant total de 100 746,29 €, pour 2020, 139 flacons de 250 ml de Draxxin pour un montant total de 81 431,60 €… En avril 2021, un agneau provenant de l’élevage Grimal affichait un taux de résidu de l’antibiotique sulfadiméthoxine dépassant la limite maximale de résidus autorisée (LMR). Ce dépassement a été détecté lors d’un contrôle à l’abattoir SVA de Vitré. Le groupe Agro Mousquetaires (Intermarché), qui commercialise la plupart de cette production, s’est constitué partie civile pour ce procès, aux côtés de l’association L214.

« Nos enquêtes permettent de dévoiler ces pratiques, de mettre au jour des infractions et de déclencher des enquêtes judiciaires qui montrent à quel point le système d’élevage intensif est effroyable pour les animaux, mais aussi dangereux pour les êtres humains : l’usage anarchique des antibiotiques est une menace qui pèse sur la santé publique. Nous saluons le travail d’enquête du parquet et attendons de ce procès des sanctions fermes et dissuasives : les élevages ne sont pas des zones de non-droit », a indiqué Brigitte Gothière, cofondatrice de l’association, avant le procès. Il doit s’ouvrir à 14 heures.

Hélène Thouy, avocate et candidate à la présidentielle

Sur son Twitter, Hélène Thouy se présente en ces termes : « Engagée pour la justice envers chaque individu humain et animaux ». L’avocate plaidera pour les intérêts de L214 ce mercredi au tribunal de Rodez. Une première pour cette Girondine, célèbre depuis quelques années pour avoir fondé le parti animaliste. Elle avait d’ailleurs présenté sa candidature à la présidentielle de 2022, sans parvenir pour autant à recueillir les 500 parrainages. Récemment, le petit parti représenté par un canard sur ses affiches, était présent dans les bureaux de vote aveyronnais lors des législatives. Sur la première circonscription, il a recueilli 1,04 %. Créé en 2016 par l’avocate, le parti avait surtout créé la surprise lors des élections européennes en recueillant2,2 % au global. Selon un récent sondage Ifop, 69 % des Français considèrent que le bien-être animal est un thème de campagne électoral important.

Me Bastien Auzuech, avocat à Rodez, défendra pour sa part les intérêts des prévenus.

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Les commentaires (1)
Altair12 Il y a 14 jours Le 22/06/2022 à 08:35

Heureusement que cette association milite et alerte !
Gandhi déclarait : "On mesure le degré de civilisation d'une société à sa façon de traiter les animaux" !
Force est de constater que dans ce domaine également la France n'a de cesse de régresser surtout depuis que l'administration ferme les yeux sur les abattages hallal ! ! !