Arnaud Vercruysse, entraîneur du SRA : « Je n’aime vraiment pas le statut de favori »

  • Arnaud Vercruysse est certes conscient que les Ruthénois ont « une belle carte à jouer » mais l’entraîneur sang et or sait aussi que la marge de manœuvre est « hyper limite ».                José A. Torres
    Arnaud Vercruysse est certes conscient que les Ruthénois ont « une belle carte à jouer » mais l’entraîneur sang et or sait aussi que la marge de manœuvre est « hyper limite ». José A. Torres
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Comment allez-vous ?

Très bien merci ! à titre personnel, tout d’abord. Et l’entraîneur ensuite aussi. C’est peut-être plutôt cet aspect qui vous intéresse.

Votre possible départ a été le tube du début de l’été. Pourquoi êtes-vous resté ?

Déjà, il y a un projet personnel qui n’a pas abouti. J’ai ensuite eu des opportunités ailleurs mais rien où j’avais le sentiment de pouvoir m’exprimer. L’environnement contribue à l’épanouissement individuel. Ici, je me sens bien, la ville est agréable. Il y a ici quelques témoins, plusieurs indicateurs, qui montrent que c’est un club atypique, avec des fondamentaux solides. Il faut se situer là où tu es par rapport à tes attentes. Les avantages du SRA : on sent de l’affection, il y a du monde au stade, il est possible de mobiliser énormément de bénévoles, il y a de la solidarité.

Et comment va l’équipe ?

On ne peut pas vraiment préjuger aujourd’hui si elle est en bonne ou mauvaise forme. Le juge de paix, c’est dimanche à 15 heures à Paul-Lignon avec les trois coups contre Trélissac... Il y a de l’impatience, de l’excitation et de l’enthousiasme. Il y a également une crainte et donc de la fébrilité. Les matches de préparation ne lèvent pas le doute.

Quel bilan en dressez-vous ?

Il y a beaucoup d’éléments de réponse. Je ne m’arrête pas aux données chiffrées qui font état de trois défaites. On a joué trois adversaires qui fréquentent la poule élite de Fédérale 1, qui ont goûté récemment à la Pro D2, et force est de reconnaître qu’on s’est très bien comporté. La première période contre Tarbes est révélatrice de notre volonté et de notre niveau de jeu. Mais, ce jeu-là est exigeant, il demande beaucoup d’énergie. Je ne sais pas si on arrivera à le proposer durant 80 minutes mais l’objectif est de tendre vers ça, d’être capable de produire ce rugby sur une rencontre la plus complète possible.

Au-delà du choix de la qualité des oppositions plutôt que du nombre de matches amicaux, la préparation a-t-elle eu quelque chose de particulier ?

La nouveauté, c’est sans conteste une énorme préparation physique avec une cellule dédiée. On a écrit un projet de développement avec la présence, notamment, d’un responsable de la performance. Paul Bastide a d’ailleurs eu un rôle prépondérant.

Comment s’est passée l’intégration des nouveaux ?

Elle a été assez rapide. Elle a été facilitée par le fait qu’il y a eu deux retours (Soufiane Saïd et Archil Bezhiashvili) et qu’il y a beaucoup de jeunes, lesquels s’intègrent habituellement assez naturellement. Tout le monde s’est vite adapté ou réadapté.

Des recrues mais aussi un nouvel entraîneur adjoint...

Avec Jean-François Viars, reparti dans le Cantal, notre relation était devenue fusionnelle. C’est un garçon intelligent, très sensible, à l’écoute, qui avait vite compris et cerné ma personnalité. Ruan Lamprecht est dans la même direction. Il est foncièrement basé sur l’humain. Il a arrêté de jouer il y a un an, il a fait une seule saison en tant qu’éducateur avec les cadets. Il est encore en phase d’apprentissage mais son expertise est intéressante. Il a un regard plus pragmatique, plus « clinique », du fait de sa construction de joueur sud-africain. Ruan va être « protégé ». Comme il n’aura pas à gérer les joueurs, il va pouvoir se concentrer à 100 % sur le terrain : la stratégie, la tactique. On pourra compter sur le précieux soutien d’Alex De Barros.

Dans l’ensemble, le tableau est très séduisant. Avez-vous toutefois des inquiétudes ?

On nous voit plus beaux qu’on est ! On nous a attribué un statut de favoris que nous ne méritons pas. L’excès de confiance, je ne connais pas. Ce n’est pas dans mon ADN. D’autant que c’est trop tôt pour aller sur ce terrain des pronostics, pour dessiner une hiérarchie. Nous sommes dans une phase de construction, ou plutôt d’apprentissage.

Il y a aussi, jusqu’à présent, ce décalage entre les prestations à domicile et loin de vos bases.

Exactement ! Nous avons un comportement différent sur notre herbe et à l’extérieur. Nous avons du mal à nous exporter.

Vous avez une explication ?

Nous sommes parfois trop gentils. Il faut savoir tutoyer les limites de l’agressivité. Nous devons sentir que le danger nous guette car nous allons être attendus. Il ne faut pas s’endormir sur nos lauriers car nous n’avons rien gagné ces deux dernières années et les nouveaux ont tout à prouver... La marge de manœuvre est hyper limite.

Quel va être l’objectif ?

(Sans hésitation) Gagner tous les matches !

Et plus sérieusement ?

Je suis très sérieux quand je dis ça. Comme je ne suis pas un calculateur, je serai vraiment dans ce discours... Il ne faut pas perdre de vue que tu construis une équipe dans la dureté. L’ambition sera donc de réussir un parcours flamboyant dans cette poule. Voire plus si affinités. Et de tout mettre en œuvre pour que les joueurs progressent afin de s’adapter aux différentes situations proposées par l’adversaire. La réalité, c’est le terrain.

Est-ce qu’il y a des formations que vous craignez plus que d’autres ?

Je pourrai répondre plus précisément à cette question à la trêve quand on aura joué tout le monde. En attendant, j’imagine que les équipes de la banlieue de Toulouse (Blagnac, Castanet), mais aussi Lavaur, sont bien armées. J’imagine aussi que Bagnères, fidèle à sa culture et à son identité, ne lâchera pas facilement le morceau. J’imagine encore qu’il faudra prendre au sérieux Trélissac dès dimanche car cet adversaire a recruté des éléments de Périgueux et n’a pas digéré les deux revers contre nous de la saison dernière.

à vous écouter, il n’y aura pas de match facile cette saison... On va jouer les dix formations de la poule 3 pour les battre. Avec nos atouts, nos qualités, les progrès qui seront réalisés tout au long de l’année. Avec peut-être aussi quelques surprises dans les compositions d’équipe. Dès dimanche, qui sait ? Ne pas prendre de risques n’est-il pas justement un risque ?

Avez-vous envie d’intégrer la poule élite de Fédérale 1 ?

(Grand sourire) La réponse est dans la question. C’est le souhait de tout entraîneur qui fait de la compétition. C’est juste une histoire financière. Pour bien faire, il faut 1,6 ou 1,7 M€, soit 500 000€ de plus qu’aujourd’hui. Si on a cette enveloppe, on a les joueurs nécessaires pour assurer sportivement. Aujourd’hui, les équipes qui fréquentent la poule élite se mêleraient à la lutte pour le maintien en Pro D2. Il faut donc impérativement des garçons qui se consacrent à 100 % au rugby. La question ne se pose même pas. Après, on verra...

Centre Presse / Rui Dos Santos
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