Le Decazevillois Joris Segonds dans la lumière

  • L’ouvreur a trouvé au Stade français un environnement propice à sa progression.
    L’ouvreur a trouvé au Stade français un environnement propice à sa progression. Centre Presse - Rui dos Santos
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Le joueur du Stade français, originaire de Decazeville, fait petit à petit son trou dans le paysage de l’ovalie française cette saison.

Avec Joris Segonds, la vie, comme le rugby, c’est en quelque sorte "carpe diem". Il ne se soucie pas vraiment de la pression ni de l’enjeu du moment ; non, lui, il veut jouer, jouer et surtout prendre du plaisir sans se poser trop de questions.

Depuis un petit moment, l’ouvreur du Stade français, originaire de Decazeville, a pris l’habitude d’être mis à l’honneur par les médias. Une situation qui découle de ses performances individuelles, mais aussi des prouesses de son équipe, qui vient d’enchaîner trois victoires (48-14 contre Toulouse, 35-13 contre La Rochelle et 26-16 contre Bordeaux-Bègles, à chaque fois à domicile). Son talent, le jeune ouvreur de vingt-trois ans ne se contente pas de le montrer dans le jeu au pied, puisqu’il l’exprime également à travers sa vision du jeu et ses prises de responsabilités, à l’image de ses deux coups de pied à suivre dans le dos des défenses du Stade Toulousain et de Bordeaux-Bègles, pour Jonathan Danty, qui, soit marquait, soit faisait marquer. Comme on l’entend dans le milieu, l’intéresse "pue" le jeu et la passe sautée longue distance est presque devenue son geste de prédilection, comme sur l’essai de Lester Estien, le week-end dernier, contre les Girondins.

Confiance

Dans la capitale, Joris Segonds partage le poste d’ouvreur avec un autre grand numéro dix, Nicolas Sanchez, qui fait parler de lui également sur la scène internationale, que ce soit grâce à sa performance XXL face aux Néo-Zélandais (25 points inscrits, soit la totalité de ceux de son équipe, victorieuse 25-15 lors de la troisième journée du Rugby championship, le 14 novembre) ou du résultat nul arraché, par sa botte, face à l’Australie (15-15, pour le compte de la quatrième journée, le 21 novembre).

Pendant ce temps-là, celui qui était dans l’ombre de la star des Pumas et considéré comme le deuxième ouvreur dans la hiérarchie, a enchaîné les titularisations et fait mieux que tenir la baraque, en inscrivant 96 points, ce qui le classe, aujourd’hui, parmi les trois meilleurs réalisateurs du championnat, juste derrière Gaëtan Germain (Bayonne) et Antoine Hastoy (Pau). L’intéressé a su saisir sa chance et rendre la confiance que l’encadrement parisien avait placée en lui. Une confiance dont il ne fait pas excès, malgré les louanges d’anciens joueurs comme Cédric Heymans, qui vante sa montée en puissance ; il reste Joris, le gosse de Decazeville qui demande des nouvelles du Sporting, en se rappelant les phases finales de championnat disputées par le club lorsqu’il était petit et auxquelles il assistait les joues colorées de bleu et de blanc. "C’était énorme ! C’était le genre de moments qui te donnent envie de jouer au rugby. J’ai suivi leur (les Decazevillois, NDLR) gros début de championnat et j’espère que cette saison, ça va vraiment le faire !", déclare celui qui en oublierait presque qu’il joue au plus haut niveau français et que tout le bassin decazevillois, bien qu’acquis à la cause du Stade Toulousain, suit et soutient.

« Une bande de copains »

Pour lui, l’aventure sous le maillot rose a véritablement commencé cette saison. Pandémie oblige, la précédente aura en effet été considérablement raccourcie. Un premier exercice en Top 14 néanmoins écourté avec bonheur pour son club, en mauvaise posture et à la limite de la relégation, mais qui a tiré suffisamment d’enseignements pour rebondir.
"L’arrivée de Thomas Lombard (au poste de directeur général) a, je pense, tout changé dans le club. Il a eu des paroles fortes dans l’intimité du vestiaire, avec l’humilité la plus totale. De plus, à l’intersaison, il n’y a pas eu trop de mutations : quatre joueurs seulement sont arrivés dans ce groupe dans lequel rien n’est compliqué ; tout se dit, tout est vraiment simple. Le stage à Nice et l’épisode de la Covid, lors duquel beaucoup de joueurs ont été touchés, ont achevé de le souder. Il n’y a qu’à voir nos matches et le rugby pratiqué : on sent bien que l’on est une véritable bande de copains au sein de laquelle chacun est prêt à se battre pour les autres", analyse-t-il, avant de poursuivre en évoquant la chance qu’il a d’évoluer avec un numéro dix de classe internationale et un entraîneur, Gonzalo Quesada, qui a lui aussi effectué toute sa carrière de joueur à l’ouverture.

"Avec Nico’(Nicolas Sanchez), on a dix ans d’écart et la même relation que celle que j’avais à Aurillac avec Maxime Petitjean, raconte-t-il. C’est un mec super, on s’appelle, on échange et je n’ai pas l’impression qu’il y ait une concurrence entre nous. On a le même but : jouer du mieux possible, passer nos points et remporter tous les matches ensemble avec le reste de l’équipe. Je savais que j’aurais une chance à saisir pendant la période internationale, c’était clair depuis le début du championnat, et pour l’instant, tout se passe bien. On fait de bons matches, on est cinquièmes mais on sait que la saison va être longue et que le classement ne veut pas encore dire grand-chose. Mais je crois en nos chances d’accrocher un barrage à domicile et pourquoi pas une demi-finale.

« Je dois plus imposer les choix »

Gonzalo Quesada n’a donc pas hésité à lui donner les clés du camion, mais l’intéressé est conscient qu’il lui reste encore du travail pour arriver au niveau de son coéquipier sud-américain. D’ailleurs, il sait dans quel secteur il doit s’améliorer : "Dans les temps faibles, où les avants ont tendance à trop vouloir jouer et dépasser le cadre du jeu, je sais que je dois plus imposer les choix, dans un rôle de vice-capitaine. Yoann (Maestri, le capitaine) n’arrête pas de m’en parler et de me dire que je dois vraiment m’améliorer dans ce domaine". Des propos qui en disent long sur la confiance que ce vieux routard du Top 14, qui compte 71 sélections en équipe de France, peut avoir en ce gamin débarquant du Cantal et de la ProD2, au coup de pied de mammouth et insouciant au point de demander le tee lors de chaque phase de jeu où la transformation d’une pénalité est dans ses cordes.

On en oublierait presque que le poste de numéro dix est le centre névralgique du rugby dit moderne : c’est lui qui annonce, qui distribue et qui, souvent, fait gagner son équipe. Le Top 14 regorge de jeunes talents à ce poste, avec les Romain Ntamack, Matthieu Jalibert, Paul Hastoy… Joris Segonds fait partie de cette jeune génération française qui fera se lever les foules lorsque le public sera de retour dans les stades. Et s’il dispose d’une marge de progression importante, il ne se prend pas la tête avec cent mille questions sur le terrain : il prend le ballon et fait ce qu’il sait faire le mieux, à savoir briller au pied et délivrer des caviars de passes vissées à ses partenaires.

Sollicitation

Discret, le Stadiste n’oublie certainement pas ses racines et toutes les idoles qu’il a pu avoir, petit, lorsqu’il passait ses dimanches ballon en main autour de la main courante du stade Camille-Guibert. Alors, lorsqu’on lui évoque la médiatisation dont lui et ses performances font l’objet, il reste lucide. "C’est vrai que je suis plus sollicité. Je ne refuse pas, il faut bien avouer que cela fait plaisir que l’on parle de vous, mais je sais que c’est éphémère. Si les résultats deviennent moyens, les médias passeront à quelqu’un d’autre, à un autre club. C’est comme ça et ça ne me perturbe pas plus que ça", confie celui qui, sur les réseaux sociaux, fait le buzz dans un montage vidéo où il reprend le ballon de volée, avec, en bande-son, les commentaires de Jean Rességuié qui avaient accompagné le but de Benjamin Pavard, sur une action identique, lors de la Coupe du Monde 2018 face à l’Argentine. Des réseaux sociaux sur lesquels d’autres insistent en conseillant à Fabien Galthié et Raphaël Ibanez (dont, au passage, un oncle habite à Decazeville), respectivement sélectionneur et manager du quinze de France, de lui offrir sa chance sous le maillot bleu. « On me l’a dit, mais je ne suis pas un grand utilisateur des réseaux sociaux », glisse-t-il, amusé. Chaque chose en son temps…

Philippe Cauffet
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