Aveyron : un médiateur pour rassurer les éleveurs sur les vautours en Aubrac

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  • L’apparition des vautours sur l’Aubrac nécessite une cohabitation pour faire perdurer l’agropastoralisme.
    L’apparition des vautours sur l’Aubrac nécessite une cohabitation pour faire perdurer l’agropastoralisme.
Publié le , mis à jour

Éleveur et naturaliste, cet agent est en poste depuis le 3 mai sur le plateau de l’Aubrac et une réunion est programmée en préfecture le 12 mai avec l’ensemble des organismes concernés sur le sujet.

L’arrivée du vautour depuis un an sur le plateau de l’Aubrac cristallise les tensions. Au cœur de l’été dernier, à Laguiole, une réunion avait réuni 120 éleveurs des trois départements du plateau pour témoigner et demander une régulation du vautour fauve. Dans un souci d’écoute et d’apaisement, un groupe de travail "faune sauvage" a été mis en place par le Parc naturel régional (PNR) de l’Aubrac qui a accueilli lundi 3 mai un agent de médiation nommé par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) des Grands Causses en charge des vautours. "Il a la double casquette d’être éleveur et naturaliste pour écouter les éleveurs de mai à juillet", indique Bruno Veillet, responsable par intérim de la LPO Grands Causses, conscient que la réintroduction du rapace et son apparition sur l’Aubrac "font des mécontents". Et d’ajouter : "On comprend les inquiétudes et les émois des éleveurs car un regroupement de vautours reste impressionnant. Les craintes viennent aussi de la méconnaissance de l’animal."

Repères

1962, le vautour fauve devient une espèce protégée par la loi française.

1973, création du Fonds d’intervention pour les rapaces.

1981, six couples de vautours formés en volière sont libérés dans les gorges de la Jonte pour une première mondiale.

1998, création des placettes d’alimentation comme c’est le cas dans le Sud-Aveyron dans la gestion des cadavres d’animaux d’élevage.

1 500 vautours recensés en Aveyron.

4 espèces : fauve, moine, Percnoptère d’Egypte et Gypaète barbu.

70 %, le taux de reproduction.

100 km, son rayon de perception visuelle.

300 km, la distance que les vautours peuvent parcourir au quotidien.

 

Retrouver l’équilibre

Ce temps de la médiation est aussi celui de l’analyse et de l’observation car le vautour sur l’Aubrac est un phénomène nouveau. " Les vols de vautours affolent le bétail qui n’est pas habitué. L’enjeu de l’État est de retrouver l’équilibre entre l’espèce protégée et l’activité humaine ", déclare Michèle Lugrand, secrétaire générale de la préfecture qui annonce une nouvelle réunion avec l’ensemble des organismes le 12 mai. Celle-ci devrait entériner la volonté de former des vétérinaires pour expertiser. "Ce temps de l’analyse peut aussi révéler des solutions, des solutions à trouver ensemble", espère Michèle Lugrand. D’autant qu’avec l’arrivée de la période d’estive, la situation risque de se tendre davantage avec les bovins sur les pâturages. Devant l’émotion compréhensible, Jean-Luc Laurès rappelle que "le vautour a un bec trop fin et des pattes de poulet, la situation à risque peut être lors des mises bas. On a trop peu d’éléments aujourd’hui pour savoir si cela peut être ante-mortem." D’où la nécessité d’étudier. Et Bruno Veillet d’avancer des mortalités constatées en Auvergne "chez les veaux comme le charbon symptomatique, maladie foudroyant les jeunes bovins en 24 heures et l’entérotoxémie, une maladie bactérienne qui cause une mort subite." D’où l’urgence à intégrer les vétérinaires dans la boucle sur le plateau de l’Aubrac.

Un nécrophage au bout de la chaîne alimentaire

Yves Angoy fut l’un des pionniers à participer à la réintroduction du vautour fauve (présent sur l’Aubrac désormais) dans les gorges de la Jonte voici quarante ans exactement. Il rappelle le fonctionnement de la chasse collective de ce charognard. D’abord les premiers autour d’un cadavre sont les pics et les corneilles, puis les grands corbeaux, puis les milans noirs et royaux, les percnoptères d’Égypte revenus dans les gorges, les vautours fauves, les vautours moines et enfin les gypaètes barbus qui cassent les os et terminent le travail d’équarrissage. "Les vautours patrouillent très haut et voient les autres rapaces faire avant de venir". Ce qui lui fait dire que le vautour ne mange que des veaux morts ou morts nés. Et de faire remarquer en s’appuyant sur les sources de la Chambre d’agriculture : "Il y a 630 000 brebis laitières, 120 000 brebis viandes, 150 000 bovins en Aveyron, les 3 à 7 % de morts naturels chez les veaux chaque année laissent largement de quoi manger au vautour, pas besoin de les réguler."

 

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Olivier Courtil
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