Phot’Aubrac : "Il y a cette espèce d’ambiance, ce bonheur simple d’être là"

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  • Maurice Subervie : ".Il y en a pour tous les goûts à Phot’Aubrac."	   JoséATorres
    Maurice Subervie : ".Il y en a pour tous les goûts à Phot’Aubrac." JoséATorres
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Maillon fort, avec Jean-Pierre Montiel, du festival photo qui se déroule du 16 au 19 septembre en différents lieux insolites de l’Aubrac, Maurice Subervie nous parle de cette 19e édition.

Maurice Subervie, parlez-nous de la genèse de ce festival.

En 2003, des habitantes de Nasbinals ont eu l’idée d’organiser des expositions de photos pour animer le village. Et comme à Nasbinals vit Renaud Dangreville, le photographe animalier bien connu, les choses ont démarré comme ça. Un jour, le grand reporter photographe Jean-Pierre Montiel est passé par là, au retour d’un voyage à Paris. À Nasbinals il a fait la connaissance d’une des organisatrices qui, en discutant, lui a proposé de relancer le Festival qui vivotait un peu jusque-là. Très impliqué dans l’organisation du festival off de la photographie à Arles, Jean-Pierre a accepté. Pour ma part, j’ai rejoint l’organisation de Phot’Aubrac en 2014, après avoir exposé la même année.

Vous accueillez chaque année près de 25 000 visiteurs sur l’Aubrac… En quatre jours. Comment expliquez-vous ce succès ?

D’abord par la variété des expositions et leur qualité. Il y a de tout à Phot’Aubrac : de l’animalier, du photojournalisme, de la macro-photo, de l’humanisme, de l’onirisme. Le succès tient aussi aux différents lieux d’exposition – une vingtaine cette année – assez insolites. Les visiteurs ont ainsi accès à des étables, des burons, des églises qui ne sont pas habituellement ouverts au public. Il y a aussi la balade sur l’Aubrac. Pour les gens qui découvrent, c’est fantastique ! Tout ça a fait que cela a très vite pris de l’ampleur. Même Canon Europe nous sponsorise ! Une preuve de reconnaissance.

Et que dire de l’état d’esprit ?

Les agriculteurs chez qui nous exposons se sont complètement investis dans le projet pour nous prêter leurs étables, les nettoyer, nous aider à installer les expositions, planter des poteaux pour accrocher les grands formats en extérieur. Il y a cette espèce d’ambiance, ce bonheur d’être tous là et de profiter. Tout le monde s’implique. Y compris les photographes à qui nous demandons d’être présents. Il y a donc beaucoup de contacts entre tout ce monde. Avec des conséquences heureuses. Les agriculteurs que nous sollicitions ont tous désormais une page Facebook où ils postent leur photo de l’Aubrac au petit matin. C’est génial. Il y a vraiment une émulation, une stimulation, une singularité propre à Phot’Aubrac. Ces photographes nous disent d’ailleurs qu’il n’y a qu’ici que l’on voit ça.

Beaucoup reviennent d’ailleurs !

Si on les écoutait, ils reviendraient tous (rires) ! On a donc instauré une règle : tous les photographes peuvent venir deux années de suite, avec des sujets différents bien sûr, mais il faut ensuite attendre un certain temps avant de reposer une candidature.

Cette euphorie ne se retrouve pourtant pas véritablement dans le quotidien d’une profession qui souffre beaucoup

La profession ne va pas très bien, c’est vrai. Les magazines se cassent la figure, les livres de photo se vendent mal, les librairies ferment les unes après les autres, les reportages dans les grands magazines sont bien moins payés qu’ils ne l’étaient autrefois… Pour eux, Phot’Aubrac est une belle respiration, un bon moyen d’exister. Un sacré plus pour ceux qui vendent ici certains de leurs clichés.

Quels seront les temps forts de cette édition 2021 ?

Je vais vous parler de Nicolas Henry, un photographe extraordinaire qui créé des installations en lien avec ce qui se passe autour de lui. À Phot’Aubrac, il va exposer un travail sur la Casamance. Le résultat est absolument génial : une des belles expositions de cette année. Nous avons aussi nos invités d’honneur : le photographe Grec, Kiriakos Kasiras qui a beaucoup travaillé sur les éléphants et une manière très personnelle de les photographier : c’est vraiment très fort au niveau des images. Il y a aussi Alain Ernoult à Laguiole et son reportage sur la Sixième extinction. Dans la catégorie "Onirisme" nous avons à Bouquincan en Lozère deux photographes belges, Thomas Caryn et Benoit Feron. Le premier photographie des intérieurs de lieux abandonnés. Le second, les "Burners", participants de ces grandes fêtes données dans le désert. Il y a aussi Annie Dorioz qui s’intéresse, quant à elle, aux villes de façon très graphique mais avec beaucoup d’humanité. Le résultat est très étonnant, très fort !

Projetons-nous sur l’édition suivante...

L’an prochain, ce sera la 20e édition du festival et la 10e de Jean-Pierre : donc l’apothéose de tout le travail accompli (rires). L’idée est de réunir tous les grands qui sont déjà venus ici. On va tenter de les faire revenir comme on l’espère, réussir à convaincre Vincent Munier, le photographe animalier qu’on ne présente plus. Il a livré un travail avec Sylvain Tesson sur la panthère de neige. Les avoir tous les deux ici, ça ne serait pas mal !

On entend aussi dire que vous pourriez dupliquer ce Festival à Paris notamment

À Paris ? Non, non (rires) ! On décline le Festival dans les communes voisines qui nous sollicitent un peu plus chaque année. Nous avons donc présenté cette année une exposition à Chaudes-Aigues, Argence-en-Aubrac, Saint-Chély-d’Apcher, Ganges, Laguiole… Mais aller plus loin, ce n’est pas envisageable. Le festival est véritablement lié à l’Aubrac.

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Aurélien Delbouis
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