Un plat industriel au fromage mieux noté que du Roquefort : le Nutri-score est-il un piège pour les terroirs ?

  • Le Nutri-score est décrié par les défenseurs des produits du terroir.
    Le Nutri-score est décrié par les défenseurs des produits du terroir. Repro CPA
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Le porc noir de Bigorre élevé en liberté moins bien classé qu’un jambon traditionnel empaqueté dans du plastique ; du jus de fruit bio à base de pommes de la région moins bien classé qu’un soda light ; un plat cuisiné industriel à base de fromage mieux noté qu’un pélardon ou que du Roquefort… souligne la rédaction de Midi Libre

La liste est longue et la filière traditionnelle aux recettes ancestrales s’inquiète du Nutri-score pourtant plébiscité par les consommateurs. Une scientifique, le Dr Mathilde Touvier, qui a participé à l’élaboration de cette classification contestée dans nos campagnes s’explique.

Les filières de produits régionaux traditionnels et du terroir se sentent en danger. En cause, la notation Nutri-score, créée en 2014 par des scientifiques. Lequel permet par un système de couleurs (du vert à l’orange foncé) et un système de lettres (de A à E) de dire si un produit contient trop de gras, de sel et de sucre.

Mais qui ne prend pas en compte l’ajout d’additifs permettant à certains produits industriels d’obtenir de bonnes notes. Qu’en est-il dans les faits ?

1. Une filière inquiète mais pas opposée

Ils le crient en chœur : " Nous ne sommes pas opposés à cette notation, nous trouvons simplement qu’elle n’est pas adaptée à nos produits", regrette Pierre Ginèbre, directeur d’Irqualim (Institut régional de la qualité alimentaire d’Occitanie). À l’instar du vice-président de la Région Occitanie, Jean-Louis Cazaubon, délégué à la souveraineté alimentaire et agriculteur qui craint "à long terme de très gros dégâts sur nos filières. On vient de demander à nos parlementaires de la région de monter au créneau car les analyses du Nutri-score ne sont pas assez poussées pour les produits du terroir", regrette-t-il.

Sébastien Vignette, secrétaire de la confédération du Roquefort, dont les produits sont notés E conteste "une vision punitive de certains aliments. Ce qui est regrettable car Nutri-score ne prend pas en compte les atouts santé de nos produits avec l’apport de calcium, de protéines, de phosphore, de potassium".

2. Une notation juste, identique pour tous

Le docteur Mathilde Touvier qui a pris la relève de Serge Hercberg, "père" du Nutri-Score n’en démord pas : "Le Nutri-score révèle l’impact direct sur la santé des produits trop gras, salés ou sucrés. On ne dit pas qu’il n’est pas bon, on met en garde qu’une consommation excessive ou trop fréquente de ce produit est dangereuse."

Selon les scientifiques qui font évoluer l’algorithme, "le Nutri-score ne fait que traduire de façon synthétique les informations de l’étiquette nutritionnelle obligatoire qui existait avant lui, mais qui était peu compréhensible pour des non-initiés".

3. Faut-il changer de recette ?

Les produits du terroir vont-ils devoir changer leurs recettes, ajouter des adjuvants pour faire baisser la teneur en gras, en sel et en sucre ? "Certainement pas, assure Sébastien Vignette. Nous sommes les héritiers de recettes ancestrales". "Nutri-score est un bon outil d’information mais pas adapté pour nos produits simples avec peu d’ingrédients. Un pérail ou un pélardon, c’est du lait de la présure et du sel. Si on y intègre des adjuvants, des colorants, des stabilisants, des émulsifiants, on peut arriver à faire baisser la note mais à quel prix", s’interroge Pierre Ginèbre.

Idem pour le porc noir de bigorre qui n’a que trois ingrédients : du porc, du sel et du poivre en dépit de quoi il est classé E. "C’est vrai que du jambon blanc vendu en grande surface aura une meilleure note surtout s’il est allégé en sel", reconnaît Mathilde Touvier qui assure que Nutri-score n’est qu’une indication et qu’il faut aussi aller voir les autres labels : "AB", IGP, "Label Rouge"… pour mieux consommer.

4. Des frites surgelées aux sodas light

Autre élément contre Nutri-score, cet exemple donné par Pierre Ginèbre qui raconte comment des "frites surgelées, destinées à passer à la friteuse sont notées B. Donc c’est un bon produit du point de vue de Nutri-score, sous réserve bien sûr de les manger sans les cuire", s’étrangle-t-il.

Ou du soda light mieux noté qu’un jus de fruit bio : "Nos travaux évoluent et nous serons amenés au fil du temps à régler le degré de transformation des produits", promet le Dr Mathilde Touvier.

5. L’exemption est-elle possible ?

Tous les producteurs traditionnels, de produits du terroir ne demandent qu’une chose : sortir de la notation "pour les produits sous label IGP et AOP", selon Jean-Louis Cazaubon. "Impossible, rétorque Mathilde Touvier. Cela n’aurait pas de sens. Les études montrent de façon certaine qu’une trop grande consommation de ces produits, même s’ils sont traditionnels, peu transformés, du terroir… sont dangereux pour la santé s’ils ne sont pas consommés avec modération."

Dans le même temps, sous la pression des consommateurs, certains industriels s’y sont mis à l’instar de McDo et les produits Nestlé. Mais manquent à l’appel Mars, Coca, Ferrero… Le combat n’est donc pas fini.

Y.P.
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