"L'architecture de demain doit faire mieux, avec moins", estime Christine Leconte, présidente du Conseil national de l'Ordre des architectes

  • À l'occasion de la Semaine du développement durable, la Présidente du Conseil national de l'Ordre des architectes Christine Leconte décrypte les défis actuels pour une architecture plus respectueuse de la planète. À l'occasion de la Semaine du développement durable, la Présidente du Conseil national de l'Ordre des architectes Christine Leconte décrypte les défis actuels pour une architecture plus respectueuse de la planète.
    À l'occasion de la Semaine du développement durable, la Présidente du Conseil national de l'Ordre des architectes Christine Leconte décrypte les défis actuels pour une architecture plus respectueuse de la planète. Anne-Claire Héraud
Publié le , mis à jour

(ETX Daily Up) - Privilégier des matériaux recyclés ou recyclables, mieux isoler les logements, transformer de vieux bâtiments pour améliorer le quotidien des habitants. Le champ d'action pour tendre vers une architecture plus écologique est large. Christine Leconte, Présidente du Conseil national de l'Ordre des architectes, nous livre sa vision d'une architecture respectueuse de la planète. 

"Frugale", "résiliente", "durable", "écologique"... Les adjectifs ne manquent pas lorsqu'il s'agit d'aborder l'architecture sous le prisme de l'écologie. Et les enjeux sont de taille. D'après des estimations de l'ONU, les émissions du secteur de la construction des bâtiments représentent 38% de l'ensemble des émissions de CO2 liées à l'énergie. 

Pourtant, des solutions sont à portée de main pour assurer à l'architecture un avenir plus "vert". Un vaste chantier qui couvre l'ensemble du secteur, allant des matériaux utilisés aux surfaces exploitées, jusqu'à l'emplacement des bâtiments. En cette Semaine du développement durable, tour d'horizon des défis actuels et des nouvelles pratiques avec Christine Leconte, Présidente du Conseil national de l'Ordre des architectes. 

Comment définiriez-vous le principe d'architecture durable ?

S'il fallait résumer le concept en une phrase, je parlerais d'une architecture qui fait mieux avec moins. Notre profession doit se réinventer, en s'adaptant au contexte du réchauffement climatique et des températures extrêmes. Et il faut dans le même temps repenser notre travail dans un esprit visant à atténuer les causes de cette crise. Autrement dit, créer des bâtiments adaptés aux besoins actuels de confort tout en réduisant l'empreinte écologique de ces constructions, par exemple en utilisant moins de matières premières. 

La définition d'architecture écologique varie aussi selon les territoires. On peut par exemple considérer qu'un bâtiment construit en béton ou en métal implanté en pleine ville sera plus écologique qu'une maison entièrement construite avec des matériaux plus écologiques, mais dont l'emplacement nécessite de se déplacer en voiture tous les jours pour ceux qui l'habitent. 

Quid des déchets de chantier ? 

Il s'agit en effet d'un véritable problème. On démolit beaucoup, ce qui crée des quantités importantes de déchets. On jette même des portes ! Pourtant, il est souvent possible de réutiliser les résidus de matériaux issus de chantiers. Je pense par exemple aux terres extraites dans le cadre des travaux du Grand Paris Express, qui vont être transformées en briques de construction grâce au projet Cycle Terre, en Seine-Saint-Denis.

Les bâtiments  déjà existants doivent être considérés comme de la matière première. Ils sont viables écologiquement, mais aussi parce qu'ils sont inscrits dans l'histoire. L'idée de les rénover ou même de les transformer est donc devenue indispensable. Et les nouveaux matériaux s'y prêtent tout à fait. Le champ des possibles est très large, aussi bien dans l'ancien que dans le neuf.

Justement, quels matériaux sont à privilégier ? 

Les matériaux renouvelables, c'est-à-dire ceux qui peuvent se recycler. Le chanvre peut par exemple servir d'isolant, mais aussi d'enduit ou encore de panneau de construction. Ensuite, les matériaux dits "de proximité". Par exemple en utilisant des isolants produits en France et non en Chine. Le chanvre, la paille ou encore les fibres de bois, qui sont cultivés dans notre pays, permettant notamment de créer des isolants efficaces. C'est ce que j'appelle, par analogie avec l'alimentation, "l'architecture de circuit court". Sans oublier la terre ou la pierre qui ont un pouvoir d'inertie thermique et qui permettent de capter la chaleur (et évitent d'utiliser la climatisation). 

Constatez-vous un changement de paradigme avec les architectes qui débutent dans le métier ? 

Absolument ! Les jeunes architectes sont majoritairement conscients de ces enjeux et engagés dans la cause environnementale. Ils se forment à la construction bois, chanvre, paille, etc. Et on ne parle pas de l'histoire des trois petits cochons, mais de constructions solides, confortables et pérennes. La jeune génération l'a parfaitement compris. Elle nous incite fortement à nous interroger... et c'est tant mieux ! 

Comment défendez-vous ces positions au sein du Conseil national de l'Ordre des Architectes ? 

Dans un premier temps, en faisant beaucoup de pédagogie auprès des maîtres d'ouvrage, des clients, mais aussi des parlementaires, de nos confrères, etc. Le but est de montrer comment nous pouvons y parvenir, avec des chiffres et des exemples concrets pour montrer comment ouvrir le champ des possibles. 

L'architecture du XXIe siècle est en plein processus de réinvention. C'est encore plus vrai depuis l'arrivée de la pandémie, car nous sommes confrontés à une demande plus forte de vivre dans un habitat de qualité, avec une bonne isolation, un balcon ou un jardin, etc.  Il est très important que les architectes travaillent main dans la main avec les habitants pour inventer les solutions ensemble.

L'opération "Grand Parc" des agences Lacaton et Vassal à Bordeaux intitiée par Frédéric Druot et Christophe Hutin, en est un parfait exemple. Ces deux architectes ont installé des jardins d'hiver pour assurer l'isolation thermique de logements sociaux, en offrant du même coup plus de superficies d'habitat aux locataires. C'est là selon moi tout l'enjeu de l'architecture du futur : réutiliser le patrimoine existant en utilisant le moins de matière possible, tout en améliorant la qualité de vie des habitants. 

Relaxnews
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