Aveyron : douze questions pour comprendre la situation de l’usine Sam et de ses salariés

  • L’usine fabrique des carters pour les voitures. Mercredi, les salariés ont symboliquement découpé un moule.
    L’usine fabrique des carters pour les voitures. Mercredi, les salariés ont symboliquement découpé un moule. José A. Torres
Publié le , mis à jour

Alors que Renault a lâché la fonderie de Viviez mardi soir, retour sur le détail de l’affaire pour mieux la comprendre.

1. Quelle est l’activité de l’usine Sam de Viviez ?

Créée en 1973 sur les cendres des usines de sidérurgie, Sam Technologies s’est spécialisé dans la création de pièces pour l’industrie automobile. Cette fonderie, spécialisée dans le formage des métaux, qui consiste à couler un métal ou un alliage liquide dans un moule pour reproduire, après refroidissement, une pièce donnée, fabrique principalement des carters d’huile, mais également des supports moteurs et des entraîneurs de moteur d’essuie-glace. L’usine, qui emploie à ce jour 333 salariés a su s’adapter à l’évolution des usages puisqu’une partie de ses pièces équipent notamment la Renault Zoé.

2. Qui sont les clients de Sam ?

Il n’y en a qu’un : Renault. C’est d’ailleurs le principal souci que rencontre l’usine depuis de nombreuses années. Elle travaille depuis 1977 avec le constructeur automobile qui est depuis longtemps son seul donneur d’ordre.

3. Pourquoi Sam s’est retrouvé en difficulté ?

Les premiers problèmes de la fonderie remontent à 2015 avec les soucis du groupe Arche, son propriétaire de l’époque, dont Sam était le navire amiral. Alors que la crise de 2008 avait fortement impacté le secteur automobile, Arche s’est retrouvé face à une crise de croissance, incapable de rembourser les dettes contractées au début des années 2000 pour acquérir plusieurs filiales. Celles de Meurthe-et-Moselle, du Loiret et de l’Eure ont été placées en redressement en 2015, puis Sam en 2016. Arche a été démantelé et les Chinois de JinJiang sont arrivés avec des promesses d’investissements, censés permettre la modernisation des machines et donc la recherche de nouveaux clients, qu’ils n’ont pas tenues. L’une des raisons affichées : la baisse des commandes de Renault de 30 %. Le constructeur a notamment décidé de faire travailler des sous-traitants à l’étranger (Espagne et Roumanie notamment) où le coût de la main-d’œuvre est moins élevé.

4. Qui dirige actuellement Sam ?

Depuis le départ de JinJiang fin 2019, il n’y a plus de propriétaire officiel. L’entreprise a été placée sous la direction de deux administrateurs judiciaires, qui gèrent la partie financière. Mais dans l’opérationnel, ce sont les salariés qui sont aux commandes. Dans les faits, ils ont tous continué à jouer le jeu, en continuant l’activité durant les deux années de crise. S’il y a eu quelques jours de grève, la CGT, syndicat ultra-majoritaire, a toujours veillé à ce que l’activité soit maintenue. Cela a notamment permis d’honorer les commandes de Renault à hauteur d’un million d’euros par mois et donc de payer les salariés.

5. Qui s’est positionné pour reprendre Sam ?

Depuis le placement en redressement judiciaire, en 2020, les candidats ne se sont pas bousculés. La fonderie espagnole CIE Automotive, elle aussi sous-traitante de Renault, a été la première à se positionner. Mais si elle a déposé une offre à la fin de l’hiver 2021, elle l’a retirée avant qu’elle soit étudiée par le tribunal de commerce de Toulouse après la levée de boucliers des syndicats, très vindicatifs sur son contenu. Elle prévoyait notamment de ne garder que 150 emplois et surtout de supprimer le bureau d’études, rapatrié en Espagne. En parallèle, Patrick Bellity mais aussi le groupe Trinquet, ont également monté des dossiers qui ont été examinés en juillet 2021. Tous ont été rejetés par le tribunal.

6. Pourquoi ces offres ont-elles été refusées ?

Avant que le tribunal ne prenne sa décision l’été dernier, les administrateurs judiciaires avaient demandé un audit indépendant des deux offres. L’étude a laissé apparaître qu’elles n’étaient pas suffisamment solides financièrement. La justice a alors prononcé en septembre une liquidation, mais avec maintien d’activité jusqu’au 10 décembre pour permettre aux candidats de revoir leur copie. CIE, un temps espéré, n’est jamais revenu. Trinquet a jeté l’éponge. Seul Alty-Sifa, dirigé par Patrick Bellity, a tenté une nouvelle fois sa chance.

7. Qui est Patrick Bellity, le dernier candidat ?

Un spécialiste de l’industrie, et de la fonderie. Il a commencé au sein du groupe Renault, dans les années 1980 comme ingénieur et chef de service d’une fonderie de groupe dans le Poitou. Ensuite, il a gravi les échelons dans diverses entreprises, toujours spécialisées dans l’aluminium et la fonderie. Jusqu’à devenir PDG, en 2011, du groupe Arche, dont Sam était le navire amiral. Il a quitté l’entreprise en 2016 lors de sa liquidation, mais a monté une offre de reprise pour Sifa, la fonderie d’Orléans. Avec une petite équipe rajeunie, il a réussi à faire muter l’usine pour la spécialiser dans des pièces à forte valeur ajoutée, notamment pour les voitures électriques.

8. Pourquoi sa deuxième offre a-t-elle reçu l’adhésion ?

D’abord parce qu’il s’y est bien pris. Il a fait le déplacement à Viviez au printemps et a renoué le dialogue avec des salariés qui avaient promis "qu’il ne remettrait jamais un pied dans l’usine". Ensuite parce que son offre, matérialisée par une lettre d’intention, était la dernière encore sur la table. La Région et l’État qui ont apporté 9 M€ de garanties (prêts et subventions) en fin de semaine dernière, se sont aussi autant mobilisés parce qu’il n’y avait pas d’autres options.

9. Qu’a décidé le tribunal de commerce ?

Vendredi 19 novembre, le juge a demandé à Renault d’apporter des garanties de commandes avant le 24 novembre et fixé une nouvelle audience demain.

10. Pourquoi Renault a dit non ?

Officiellement parce qu’elle estime que l’offre de Patrick Bellity n’est pas assez solide et qu’elle manque de fonds propres. Le constructeur estime que les garanties de la Région et de l’État ne suffisent pas. Officieusement, le passif de Patrick Bellity avec Renault a également pesé. Il semble qu’il y ait des inimitiés entre le chef d’entreprise et certains pontes de la marque au losange. Il y a quelques mois, lors d’une visioconférence avec les acteurs publics du dossier, un responsable de la multinationale avait lancé : "Nous ne travaillerons jamais avec Patrick Bellity."

11. Y a-t-il encore un espoir ?

C’est au tribunal de commerce de Toulouse de prononcer la cessation d’activité définitive. En termes de procédure, cela n’arrivera pas vendredi. Ce jour-là, elle va, selon toutes vraisemblances, rejeter l’offre de Patrick Bellity, puis le tribunal devra planifier une nouvelle audience pour la suite. Les salariés demandent un nouveau délai de trois mois. Mais il est loin d’être acquis.

12. Sam peut-il être un symbole dans la campagne présidentielle ?

En 2017, la fermeture de l’usine Whirlpool d’Amiens avait rythmé le quotidien de la campagne présidentielle. Pour celle de 2022, Sam pourrait vivre un destin similaire. Les ingrédients sont là : impuissance de l’État face à une multinationale, délocalisation, désindustrialisation, noyau militant fort, drame social… Ce jeudi à 17 h 30, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT sera dans le Bassin, il faudra voir si d’autres acteurs nationaux, notamment politiques, suivent dans les prochaines semaines.

Guilhem Richaud
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Les commentaires (1)
Poindevue9 Il y a 8 jours Le 25/11/2021 à 13:36

Petit rappel
Peugeot éconduit par P Bellity
Continental éconduit par P Bellity
Daimler quitte SAM suite aux grèves CGT
AMG quitte SAM suite aux grèves CGT
Valéo arrête tout développement avec suite aux grèves CGT.
Oui les grèves se payent toujours dans le temps.
Avec tout ça Renault se retrouve tout seul !