Les pêcheurs face à la sécheresse en Aveyron: "Il ne s’agit pas seulement de sauver quelques truites"

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  • Dans la Dourbie, il n’est désormais plus du tout recommandé de pêcher.
    Dans la Dourbie, il n’est désormais plus du tout recommandé de pêcher. Photo archives ML
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Avec les fortes chaleurs et l’absence de pluie, la sécheresse qui en découle pose de nombreux problèmes pour la pêche. C’est notamment le cas dans certains cours d’eau très prisés du Millavois. Claude Alibert, président la société de pêche de Millau explique la situation actuelle et appelle les pêcheurs à se montrer responsables.

Quelle est la situation des cours d’eau qu’utilisent les pêcheurs de l’AAPPMA de Millau ?

Les cours d’eau sont dans un état dramatique avec la sécheresse et cela est amplifié par des activités nautiques, notamment la pêche, qui rajoutent du stress au stress des truites parce que, quand l’eau chauffe, il y a moins d’oxygène dans la rivière donc les truites et tous les poissons en manquent même si certains sont plus adaptés que d’autres.

Comment se sont adaptés les poissons ?

Les poissons ne s’adaptent pas. Ils sont en position de survie. Ils ont très peu d’activités et ils cherchent les profondeurs ou les zones avec des courants, les arrivées d’eau fraîche.

Que conseillez-vous aux pécheurs actuellement ?

Nous, ce que l’on demande, c’est que les pêcheurs arrêtent d’aller pêcher. Mais c’est le cas aussi pour les activités nautiques. Par exemple, nous avons vu une publicité pour du paddle nocturne. Alors déjà qu’on dérange les poissons toute la journée, là on va encore les embêter la nuit… Quelque part, on marche un peu sur la tête et on est en train de tuer la poule aux œufs d’or parce que, sans la rivière, il n’y a pas de tourisme dans la ville.

Il y a beaucoup de pêcheurs qui pêchent encore ?

Nous, on leur a demandé d’arrêter d’y aller et je pense qu’on est suivis parce qu’un bon pécheur se rend compte de la situation et ne va pas en rajouter. En plus, ce sont des poissons qui ne sont pas mordeurs en ce moment. Une truite qui est en survie ne va pas se nourrir et donc ne va pas se rapprocher.

Concrètement, il vaut mieux éviter la pêche ?

Il y a toujours la possibilité de vraiment pêcher pour le seul loisir. Il y a des cours d’eau de deuxième catégorie qui sont plus propices pour pêcher comme les lacs ou certaines rivières. Ce sont des pêches de poissons qui ne souffrent pas.

Quels endroits sont accessibles à la pêche ?

Tous les lacs du Lévezou. Il y a de l’eau à Pareloup, à Pont-de-Salars… Il n’y a pas de problème de sécheresse et l’organisme des poissons qui y sont, est adapté à ces températures. C’est la truite qui est en danger. La truite évolue dans des températures de 4 °C jusqu’à 18 °C, or la température de l’eau est actuellement aux alentours de 23-24 °C.

Le taux de mortalité des poissons a-t-il augmenté ?

Oui principalement pour les juvéniles. Ce sont les jeunes poissons qui n’ont pas encore les réflexes d’aller dans les fosses profondes ou alors sur les sources et qui ont plutôt tendance à rester sur les graviers au bord. Ce sont eux, surtout, qui sont en danger.

Que pensez-vous de l’interdiction à la pêche dans certains départements comme la Lozère ou le Gard qui est en train de faire les démarches ?

Pour nous pêcheurs, on pense que c’est une bonne chose parce qu’il ne s’agit pas seulement de sauver quelques truites, mais bien toute la biodiversité en n’allant pas piétiner dans l’eau. On demande aussi à ce que les autres activités soient interdites.

L’interdiction de pêcher pourrait-elle se faire en Aveyron ?

Nous, personnellement, nous l’avons demandé sur le bassin de la Dourbie, mais les problèmes ne sont pas les mêmes partout dans le département. On demande seulement une fermeture de sauvegarde sur une certaine zone.

Bientôt des poissons venus du sud

La situation des cours d’eau met forcément en alerte les pêcheurs aveyronnais. Jean Couderc, président de la Fédération départementale de pêche confirme cette situation. "On résiste un peu plus dans certains secteurs, notamment dans le sud, parce qu’il y a de grandes nappes souterraines, mais dans le centre et le nord du département, c’est critique", explique-t-il. À long terme, ce genre d’épisodes étant appelé à se répéter il pense que les truites risquent de disparaître des cours d’eau locaux. "Là où le poisson phare était la truite, on va voir arriver des poissons d’eau chaude qu’on trouve sur les côtes méditerranéennes. On va aussi avoir des poissons africains apparaître. C’est ce qu’on appelle la mutation. Ça arrive aussi dans d’autres domaines. Par exemple, quand j’avais 20 ans, je n’entendais pas les cigales dans l’Aveyron, maintenant j’en ai 60 et je les entends. Et ce n’est pas normal."
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Juliette Ségur
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