Visite du ministre de l’Agriculture Stéphane Travert en Aveyron : « Structurer un plan loup pour tendre vers zéro attaque »

  • Stéphane Travert est à la tête du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation depuis le 21 juin.
    Stéphane Travert est à la tête du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation depuis le 21 juin.
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Je souhaite que nous ayons une approche pluriannuelle. On ne peut pas signer des arrêtés tous les ans. Aujourd’hui, on discute d’un plan loup portant sur quatre ou cinq ans, afin que les territoires aient la main. Il faut donc trouver des compromis et la solution ne peut être que collective. Les patous et les clôtures électriques, c’est bien.

Mais il faut surtout éviter que le loup revienne. Aujourd’hui, il se sait hors de danger. Dès lors qu’il le sentira, il ne reviendra pas. Il faut mettre en place un certain nombre de mesures sur lesquelles je vais discuter avec les éleveurs. Je veux leur dire que je suis de leur côté. L pastoralisme est essentiel pour nos territoires.

Au-delà du statut du loup, l’animal fait partie de la biodiversité et on doit préserver cette espèce protégée. Pour autant, comment agir par rapport à la détresse des éleveurs ? J’entends les conséquences sur la santé, la nature, la famille. Il y a une grande sensibilité. Je souhaite reprendre les discussions sur les bases du futur plan loup que l’on va élaborer. J’ai un objectif : structurer un plan collectif qui permette de tendre vers le zéro attaque. Mais il faut dire la vérité : on ne tendra pas vers le zéro loup.

Je suis de très près ce dossier. Le marché chinois est un marché important. On a une force en France, c’est d’avoir des produits qui fonctionnent bien à l’exportation. On le voit à travers les produits viticoles. Un séminaire avec les autorités chinoises est prévu fin septembre sur ces questions sanitaires et alimentaires, ainsi que sur les blocages en cours.

Tout cela ne va pas se régler en deux jours. Je me rendrai en Chine dès l’année prochaine pour porter notre excellence française et discuter. Nous avons besoin de dialoguer. C’est de la politique à petit pas, mais c’est comme cela que fonctionne la diplomatie économique. Il faut du temps. Mais je ne pense pas qu’il faille considérer cette décision comme une mesure anti-française.

Ces états généraux doivent permettre, non pas de poser des constats, mais de définir des positions sur la juste répartition et la création de la valeur. Comment en France, un pays dont la gastronomie est reconnue à l’Unesco ou en passe de l’être, peut-on valoriser nos produits ? Comment, avec les industriels, les filières agroalimentaires et les producteurs, tirer vers le haut nos productions pour créer de la valeur et répondre aux attentes des consommateurs ? Au sein du triptyque “producteur, transformateur et distributeur”, le producteur ne doit plus être celui qui est lésé. L’objectif est de s’inscrire dans une démarche de progrès pour qu’ils vivent dignement de leur métier et que leurs coûts de production puissent leur permettre de vivre décemment.

Le bon prix n’est pas toujours le prix le plus bas. Le bon prix, c’est le prix qui rémunère justement chacun.

Justement, on la protège en faisant un transfert supplémentaire du pilier 1 (celui des aides directes aux exploitations) vers le pilier 2 (consacré au développement rural). Concernant le financement de l’ICHN, on sait que lors de handicaps naturels, il faut protéger les exploitations dans ces bassins.

Je sais quelles sont les attentes des régions de montagne ou de moyenne montagne. Par ailleurs, je sais quelle est l’attente sociale sur le bio (certains syndicats ont regretté la faiblesse des transferts pour développer le bio, NDLR). Je sais que le financement de l’assurance récolte est indispensable. J’ai voulu affecter un transfert supplémentaire de 4,2 % qui va permettre de porter des politiques en faveur du bio, notamment en Occitanie. Quand j’entends dire que j’ai mis un coût d’arrêt au bio, je m’inscris en faux. J’ai fait tout l’inverse pour soutenir les politiques bio. Certains peuvent juger le transfert insuffisant, mais j’ai tenu compte des demandes des professionnels.

Stéphane Travert devait, à 10 h 45, visiter le Gaec des Piades, à Vézins-de-Lévézou. Une visite annulée au dernier moment suite à un retard d’avion. Il est attendu à 13 h 30 en mairie de Cornus pour une présentation de la filière lait de brebis-roquefort. Enfin, à 14 h, il se rendra au Gaec du Figayrol, à Cornus.

José Bové attend des réponses « concrètes »

Le député européen estime que les mesures de protection face aux loups ne fonctionnent pas.

Les attaques de loups et d’ours « augmentent », « la tension monte » chez les éleveurs et le député européen José Bové (EELV) exige « des réponses concrètes » du ministre de l’agriculture Stéphane Travert, attendu aujourd’hui dans l’Aveyron.

Le parlementaire rappelle l’importance des dégâts faits en 2017 dans les troupeaux par le loup, « environ 10 000 brebis au niveau national » mais aussi par l’ours, « près de 450 dans le massif pyrénéen ».

« On voit bien que les mesures de protection et de soutien ne fonctionnent pas », déplore-t-il, en estimant que le problème ne peut pas se régler de la même façon entre l’ours réimplanté de « manière volontariste par l’État français » et le loup « revenu seul par les Alpes ».

Aux yeux de José Bové, il faut arrêter la réintroduction de l’ours. « Il faut dire clairement : “On ne continue pas à ramener de nouveaux spécimens sur le territoire pyrénéen” », assure-t-il.

Cet arrêt ne risque-t-il pas de mettre en péril l’existence du plantigrade dans le massif pyrénéen, dont le nombre est estimé à une quarantaine, comme le craignent ses défenseurs ? « J’ai du mal à croire que 40 animaux ne soient pas capables de se reproduire », répond-il.

Sus aux hybrides

Concernant le loup, et pour limiter sa prédation, José Bové réclame plusieurs mesures d’urgence. La première : un recensement exact des loups, qui permettrait éventuellement de modifier le quota de prélèvement, les chiffres de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) étant erronés, selon lui. À titre d’exemple, l’ONCFS évoque un seul loup dans le Larzac, alors que des prélèvements réalisés par les éleveurs démontrent qu’il a « 6 ou 7 individus au minimum ».

« Si on extrapole nos chiffres, ça veut dire qu’il n’y a pas 300 ou 400 loups en France, mais beaucoup plus. On peut en avoir 700, 800 voire 1 000 », calcule le député européen.

Autre découverte à partir des analyses : sur les individus du Larzac, 4 au moins sont des loups hybrides, c’est-à-dire qu’ils sont croisés avec des chiens. « On n’a aucune connaissance » sur ces hybrides, dénonce José Bové, soulignant que si les loups sont protégés par la Convention de Berne, les hybrides, eux, ne le sont pas. Au contraire : « Ils doivent être abattus (...), y compris à l’intérieur de meutes dans lesquelles ils se seraient reproduits. »

Pour le député, le problème du loup est aujourd’hui européen. « Il faut une analyse globale, des tests ADN sur l’ensemble de la population, pas seulement en France mais aussi en Italie, en Allemagne, en Roumanie et ailleurs », plaide-t-il.

José Bové veut aussi obtenir du ministre « l’installation permanente d’une brigade du loup sur le Massif Central ». Beaucoup de ses mesures vont à l’encontre des préconisations des associations environnementales. « Il n’y a pas opposition entre éleveurs et associations », veut pourtant croire José Bové.

Midi Libre / GUILLOTEAU Victor
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