Millau

Nicolas Lefévère : « J'ai vécu ça comme une mise à mort, ça sentait le sang »

  • Nicolas Lefévère
    Nicolas Lefévère
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Invité à démissionner, l'élu de la majorité revient sur la séance houleuse du conseil municipal de Millau. 

La délibération n° 3 du conseil municipal, jeudi soir, a mis le feu aux poudres. Portant sur l’admission en non-valeur et l’extinction de créances de la part de la municipalité, elle concernait notamment une dette contractée par l'élu de la majorité. Ambiance. 

Vous avez essuyé énormément d’attaques, jeudi soir. Comment avez-vous vécu la scène ?

L’opposition était dans son jeu et dans son rôle. Le même que depuis le début du mandat. Je n’ai pas voulu répondre et entrer dans l’arène. Il y avait des attaques personnelles, du jugement. J’ai vécu ça comme une mise à mort, ça sentait le sang. Je regrette que l’on n’ait pas parlé du fond et du vrai sujet derrière tout ça. Il fallait tuer Lefévère.

Sur quoi portaient ces dettes exactement ?

Sur des loyers que l’entreprise n’était pas en mesure de payer à la commune dans le cadre du recouvrement. Mon entreprise, qui a aujourd’hui cessé toute activité, était locataire de la mairie à l’époque.

L’opposition a demandé à ce que vous renonciez à vos indemnités d’élu, voire que vous démissionniez. Quelle est votre position ?

Si le maire exige que je démissionne, s’il estime que je ne suis plus la bonne personne digne de confiance à ce poste, j’accepterai. Aujourd’hui, je me sens encore utile pour ma collectivité, je réponds aux missions qui me sont confiées. Il y a encore des chantiers à venir. Sur les indemnités, c’est un sujet que nous avions anticipé depuis la liquidation.

C’est-à-dire ?

À ce jour, je perçois 297 € de moins que ce à quoi je pourrais prétendre dans le cadre de mon mandat. Cette décision a été prise après mon départ de la communauté de communes. Je perçois 155 €, aujourd’hui, dans le cadre de mon poste de conseiller municipal. C’est une décision qui me semble juste, morale.

Pourquoi n’avez-vous pas sorti cet argument jeudi soir ?

Par pudeur, je ne voulais pas le dire. Ce n’était pas le moment.

Aviez-vous songé à ne pas prendre part à ce conseil ?

À aucun moment. On est dans le cadre de la loi et je voulais affronter les choses en face. Je savais que ça allait arriver. Il n’y a pas eu de surprise. La mairie, sommée par le Trésor de passer la délibération, a simplement fait son job. Mais il y a du privé derrière tout cela. De l’humain également. Je continue à payer des dettes, je suis encore personnellement engagé dans cette histoire.

Moralement, comprenez-vous que cette créance, éteinte par la mairie, puisse déranger ?

Ce sont les amalgames et les interprétations qui me dérangent, lorsque l’on juge sans savoir, sans chercher à la source, sans comprendre les raisons et les conséquences. Je n’ai tué personne. J’ai eu le courage d’entreprendre, j’ai mis toutes mes économies dans un projet. Ce fut un échec pour moi. Je m’en mords les doigts. C’est un accident de la vie que je ne souhaite à personne. Mais si on veut qu’il y ait des gens de la société civile dans la vie politique, il faut accepter qu’il puisse y avoir des entrepreneurs, avec tout ce que cela comporte, comme des échecs et des dépôts de bilan. 

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