Entraygues-sur-Truyère

Rastaf’Entray : dix ans de Jamaïque rasta entre Lot et Truyère

  • À Entraygues, l’esprit rasta une fois par an.                Photomontage MLO
    À Entraygues, l’esprit rasta une fois par an. Photomontage MLO
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Entre Lot et Truyère, entre château et rivière, le message rasta coule, cool, au long des ans.

Figurez-vous que cette année, il n’y a pas que Mai-68 qui fête son anniversaire : le reggae lui aussi célèbre ses 50 ans ! Plus précisément le terme « reggae », né en 1968 et désignant ce genre musical mélangeant mento, calypso, rock, rythm’n’blues et plus encore.

Si Mai-68 n’aura été somme toute qu’un joli feu de joie, le reggae lui a réussi à l’international et se joue aujourd’hui sur les cinq continents. Il est le fer de lance sonore du mouvement rastafari, un concept philosophique et spirituo-religieux né dans les années 1930, bien avant la « movida » succédant à l’indépendance de la Jamaïque, en 1962.

Un peu d’histoire. La Jamaïque devient espagnole dès l’arrivée de Christophe Colomb, ce qui a pour effet d’exterminer, par le fer ou la maladie, les populations autochtones Arawaks et Taïnos. En 1655, c’est l’Angleterre qui en devient propriétaire, et qui repeuple l’île de jusqu’à quelque 300 000 esclaves africains travaillant dans les plantations de canne à sucre pour la gloire et l’enrichissement de la couronne britannique. Qui ne lâchera donc l’affaire qu’en 1962 malgré une guerre civile de 20 ans durement réprimée dans la deuxième partie du XIXe siècle.

Mais revenons au reggae : la plupart de ses artistes, l’icône Bob Marley en tête, se revendiquent rastafariens, et propagent un message de paix et d’unité en faisant danser les ouailles du monde entier sur sa musique syncopée et lancinante. Les rastafaris ont eu un dieu vivant, en la personne de l’empereur éthiopien Haïlé Sélassié, qui viendra même en Jamaïque saluer ses fidèles en 1966.

Les rastas ont repris comme symbole les couleurs du drapeau éthiopien, vert, jaune et rouge. Ils en ont d’autres certains tournant autour de la religion, de la Bible ou du Kebra Nagast éthiopien : les dreadlocks, ou le fait de ne pas se couper les cheveux, un régime alimentaire vegan, Babylone décrite comme l’image de l’esclavagisme et de la mondialisation, et le cannabis, érigé en « herbe sacrée ».

Musique fédératrice

C’est bien le reggae qui a contribué à diffuser dans le monde entier le message rastafarien. Dont l’une des branches aveyronnaises s’est établie, ou s’est réveillée, depuis dix ans à Entraygues. On pourrait les appeler les Rastafentrayols, mais ils se nomment officiellement la JME, la Jeunesse motivée d’Entraygues, et organisent donc depuis 2008 le festival Rastaf’Entray, voué au reggae et à la Jamaïque.

Mais l’origine rastafarienne du festival viendrait autant de la jeunesse que de la municipalité. « À cette époque, raconte Morgane des JME, le maire a fait appel aux jeunes pour créer de l’animation dans le village. On a eu l’idée de faire quelque chose autour de la musique, et on a choisi le reggae, parce que c’est une musique assez fédératrice qui regroupe plusieurs générations, et aussi pour le message qu’il y a derrière ces chansons-là. »

À Entraygues, « au début c’était un peu difficile, il y avait beaucoup de préjugés autour du reggae. Mais au fil des années, les habitants ont vu que c’était bénéfique pour tous. Le festival double la population du village, qui est présent sur le festival : les commerçants proposent des animations, la mairie nous soutient toujours...»

Back to Africa : le programme

Une fois n’est pas coutume, c’est vers les racines africaines du reggae et de la Jamaïque que s’oriente cette année le Rastaf’Entray, pour un festival hors série qui présentera « tous les thèmes musicaux africains ».

Le vendredi 1er juin, un club Africa « fait pour danser toute la nuit », essentiellement composé de DJ’s et de Sound System.

Le samedi 2, c’est le live d’Afrique qui serasur scène avec Ata Kak du Ghana, Alsanah & the Nubatones du Soudan, et les Anglo-Nigérians de Wayne Snow et de Korokoko. Plus un festival off.

Et le dimanche 3, parce qu’on aime bien les marchés de village en Aveyron, c’est un « Africa market » animé et musical qui se déroulera toute la journée. Et après tout, le reggae, ce serait aussi le nom d’une tribu bantoue du lac Tanganyika...

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