Tourisme

Conques : un différend bloque le projet du nouvel office de tourisme

  • L’artisan d’art dans son local conquois. Un bâtiment communal qu’il occupe depuis 17 ans.                               Photo : J.B.
    L’artisan d’art dans son local conquois. Un bâtiment communal qu’il occupe depuis 17 ans. Photo : J.B.
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Alors que le village de Conques vise le label Grand site de France, la communauté de communes envisage d’aménager un nouvel office de tourisme dans le bâtiment de l’ancienne mairie. S’estimant lésé, l’artisan d’art qui occupe les lieux depuis 17 ans a engagé un bras de fer avec la municipalité qui risque de se terminer au tribunal.

Alors que la saison touristique commence à battre véritablement son plein, une polémique, née d’un sérieux différend entre un artisan d’art du village et la municipalité de Conques, plombe quelque peu l’ambiance et la tranquillité de ces hauts lieux de spiritualité.

Artisan sculpteur et verrier, Emile Gourmelon occupe depuis 17 ans le bâtiment de l’ancienne mairie, qui abrita aussi, en des temps lointains, l’école du village. Située à l’entrée de la rue principale, la bâtisse héberge également, depuis 21 ans, l’atelier de gravure de Gilles Casalonga.

Les deux artisans d’art sont priés, par le conseil municipal, de quitter des lieux - ce que refuse Emile Gourmelon alors que Gilles Casalonga a accepté la proposition de relogement - appelés à accueillir le nouvel office de tourisme de la communauté de communes de Conques-Marcillac.

Ce projet particulièrement conséquent de l’ordre de 1,5 M€ (avec l’achat du bâtiment), se heurte à cette situation de blocage depuis plusieurs années.

L’affaire est aujourd’hui entre les mains des avocats. Pour y voir un peu plus clair dans ce bras de fer, qui semble s’éterniser et qui risque de se terminer à la barre du tribunal, nous avons donné la parole aux principaux intéressés : l’artisan, Emile Gourmelon, le maire de Conques-en-Rouergue, Bernard Lefebvre, et le maire délégué de Conques, Philippe Varsi.

" Ils m’ont proposé un placard à balais ! "

" En octobre 2015, nous avons reçu un recommandé nous demandant de quitter les lieux dans les deux mois, alors que notre bail stipule un préavis de six mois, explique l’artisan, qui a décidé de rentrer en résistance. Des années de présence balayées sans concertation. Or, il s’est avéré que nous sommes propriétaires de notre fonds de commerce. Devant mon refus de quitter les lieux dans ces conditions, la mairie de Conques a fait appel à un avocat. "

Et il réfute l’idée qu’il aurait refusé toute discussion et proposition de relogement. " La mairie proposait que nous nous installions, avec mon voisin, dans ce que les gens de Conques appellent l’ancienne épicerie. Un placard à balais, dans une ruelle où pratiquement personne ne met les pieds. Une surface commerciale divisée par deux, avec une augmentation de 300 % du loyer par rapport au dernier locataire ! "

Et Emile Gourmelon de poursuivre : " Par la suite, la mairie m’a proposé d’occuper ce local deux ans puis de louer l’actuel office de tourisme. Accepter une telle proposition serait tout simplement un suicide commercial..."

Face à son refus, la municipalité lui a signifié par huissier un congé sans offre de renouvellement et avec paiement d’une indemnité d’éviction. L’échéance est fixée au 30 juin.

" Une affaire regrettable "

Mais l’artisan ne compte pas quitter les lieux en pleine saison touristique. " C’est mon outil de travail ", clame-t-il, se montrant particulièrement critique avec plusieurs décisions et orientations municipales. De " l’acquisition d’une balayeuse à 102 000 € à l’aménagement des vestiaires de Saint-Cyprien pour 354 000 €. " Sans parler du stationnement payant ou de la fermeture de l’école et de la gendarmerie !

Dernièrement, Emile Gourmelon, qui a l’impression d’être devenu " indésirable " a renouvelé, auprès du maire et des élus de Conques, sa proposition de transformer le bâtiment communal qu’il occupe en un centre d’artisanat d’art.

Le maire de Conques-en -Rouergue, Bernard Lefebvre juge, avant tout, cette " affaire regrettable. " " Un différend, non, rectifie l’élu, c’est une procédure qui arrive à son terme, fin juin. C’est un garçon que j’estime, à qui nous avons fait de grosses facilités, avec un loyer minimum. Nous étions prêts à payer ce qu’il fallait payer. Nous lui avons proposé l’office de tourisme actuel, il n’a pas répondu. L’installer au centre culturel, c’était impossible. Je l’ai reçu trois fois, en mairie, il est évasif, fuyant. S’il veut faire la saison, c’est son problème, on ira au tribunal. "

" Il croit qu’on va lui dérouler le tapis rouge ! "

Philippe Varsi, dont on connaît le franc-parler, est beaucoup plus prolixe. et direct.

" Pour nous, c’est du velours. Nous étions dans de bonnes dispositions... Au début de mon mandat, nous avons baissé le montant du loyer fixé à l’époque par la municipalité Riom et nous avons accepté qu’il annexe une arrière-salle. Ils sont avertis depuis 2009 et nous les avons laissés vivre. En 2012, la compétence tourisme est passée à la communauté de communes et nous avons essayé d’avancer sur le projet, d’autant plus que le bâtiment est vétuste. La communauté devait faire l’acquisition du bâtiment pour 300 000 € et le restaurer. Avec cette somme, nous avions prévu d’aménager le centre d’Adon en centre d’artisanat d’art. M. Gourmelon n’en voulait pas. Il m’a dit, je n’ai besoin de rien, je ferai un show-room dans mon atelier. Il m’avait demandé une saison de plus. Après négociation, nous lui avons accordé une saison supplémentaire. Il s’était engagé à partir. Et puis, il a demandé la salle du culturel. Depuis, tout est bloqué. On en est là depuis cinq ans. On veut bien le dédommager mais sur quelle base ? " On aura compris que Philippe Varsi n’a pas l’intention de faire marche arrière. " On l’a aidé, accompagné. Il m’a trahi et il est de mauvaise foi. Je n’ai plus de cadeau à lui faire. C’est fini. "

Et de lâcher, passablement contrarié. " Il croit qu’on va lui dérouler le tapis rouge..."

Avant de conclure : " Oui, le centre européen était un projet mégalo, mais l’office de tourisme, c’est un besoin pour toute une région. " Tensions, vous avez dit tensions...

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