Pédophilie au sein de l'église : la parole se libère (2/3)

Mgr François Fonlupt, évêque de Rodez et de Vabres, au combat contre la pédophilie

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  • François Fonlupt a été nommé évêque de Rodez et de Vabres le 2 avril 2011.
    François Fonlupt a été nommé évêque de Rodez et de Vabres le 2 avril 2011.
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Après le témoignage d’Olivier Savignac, figure de la lutte contre la pédophilie au sein de l’Église, la parole est donnée ce vendredi 22 mars à l’évêque de Rodez et de Vabres,  Mgr François Fonlupt. Ce dernier n’a éludé aucune question et présente les actions menées par l’évêché pour lutter contre ce fléau. Entretien.

L’Église traverse-t-elle actuellement une de ses plus grandes crises, comme certains l’avancent, avec les récents scandales de pédophilie ?
Ces affaires sont en tout cas la révélation de faits gravissimes, dont on mesure l’ampleur, au-delà de ce qu’on pouvait imaginer. Des personnes se manifestent aujourd’hui alors qu’elles ne l’auraient certainement pas fait dans un autre contexte et il y a un fort écho. Mais ce n’est pas tout dans la vie de l’Église. Cela nous interroge et on doit y faire face.

Ces révélations ont-elles eu des répercussions sur l’Église en Aveyron ?
Cette réalité a déjà touché l’Aveyron dans des années pas si éloignées… Puis, cela nous affecte car ce ne sont pas des faits banals. C’est quelque chose de terrible. Et comme tous les évêques, j’ai la responsabilité de faire de l’Église une maison sûre. On travaille tous sur ces questions de pédocriminalité. Pour y faire face, j’ai mis plusieurs choses en place dans le département à l’image de notre cellule d’écoute pour les victimes (lire par ailleurs).

Pourquoi, selon vous, assiste-t-on actuellement à une libération de la parole ?
Il y a trente ou quarante ans, la sexualité était quelque chose d’intime, dans la société comme dans l’Église. Mais aujourd’hui, en parlant de plus en plus, les victimes nous poussent à prendre au sérieux ces questions-là. C’est un changement profond de mentalité et de culture.

Quelles leçons tirez-vous des récentes condamnations de vos homologues, évêques, pour avoir gardé le silence sur certaines affaires…
Il y a sûrement beaucoup de leçons à en tirer. Cela nous redit notre véritable responsabilité par rapport à la société civile et à la loi. L’institution Église avait sans doute trop tendance à résoudre ces questions en interne. Cela nous oblige à prendre au sérieux la gravité des faits et notre position par rapport à la société. Après, on n’a pas à juger une sentence de justice…

Comment l’Église peut-elle, encore, conserver en son sein des personnes condamnées par la justice pour des actes de pédophilie, comme cela a été le cas en Aveyron avec l’abbé Maurel à la suite de sa libération en 2005 ?
Avec l’abbé Maurel, on est sur des choses claires : il a été jugé, condamné et a effectué sa peine. La question de son maintien dans l’état clérical, sous mon prédécesseur (Bellino Ghirard, NDLR), s’est posée à l’époque. Et je n’ai pas d’éléments depuis pour faire rouvrir ce dossier et le faire évoluer…

Comprenez-vous que cela puisse difficilement être  audible de l’extérieur ?
Oui, je pense qu’on peut avoir du mal à le comprendre. Quand il y a une faute et une légitime sanction, se pose la question du devenir de la personne. Et comme évêque, je suis responsable de la personne jusqu’à sa mort. Je ne suis pas certain que pour accompagner ces personnes-là, le meilleur moyen est de les mettre en dehors de l’Église. Mais, je peux comprendre que pour certaines personnes extérieures, cela ne soit pas supportable…

La question du mariage des prêtres revient également inlassablement dans les discussions. Cela peut-il aider à en finir avec ces problèmes de pédophilie dans l’Église ?
C’est une question qui revient fréquemment car, naturellement, on a l’impression qu’en se mariant et en exerçant une sexualité, cela peut équilibrer des choses. Mais la pédophilie est avant tout un problème pathologique. D’ailleurs, la grande majorité des cas se trouvent au sein même de familles où les couples sont mariés. Donc, je ne pense pas que le fait de vivre une sexualité en étant marié soit la solution. Même si je peux comprendre que pour de nombreuses personnes, le fait qu’un prêtre puisse vivre véritablement son célibat reste très mystérieux. Surtout dans notre société où la sexualité est très présente…

L’Église parviendra-t-elle un jour à résoudre ce problème ? Ou dès qu’il y a des hommes, il y a des failles…
Effectivement, dès qu’il y a des hommes, il peut y avoir des problèmes. On n’ignore pas cette difficulté et on veut l’affronter. Même s’il y aura sans doute toujours des problèmes de ce type-là… Et il est important de savoir comment y répondre.  

Quelle est votre responsabilité face à ces victimes justement ?
C’est, avant tout, leur permettre de parler librement. Et faire droit à leur souffrance, qu’on a sans doute eu tendance à minimiser.

Qu’attendre de la journée du 27 mars ?

C’est une grande première en Aveyron : le diocèse organisera le 27 mars prochain, au foyer Saint-Pierre de Rodez, une journée entièrement consacrée à la pédophilie dans l’Église. Les 121 prêtres du département, de nombreux diacres, des directeurs d’établissements scolaires catholiques et des responsables de services diocésains ont été conviés à cette journée. Durant laquelle de nombreux intervenants prendront la parole.
Une victime prendra la parole
À commencer par Mgr Luc Crepy, évêque du Puy-en-Velay en charge de la lutte contre la pédophilie dans l’Hexagone. Le procureur de la République, Olivier Naboulet, sera également présent tout comme Olivier Savignac, victime d’attouchements durant son enfance et engagé dans la lutte contre la pédophilie dans l’Église depuis plusieurs mois. Invité au Vatican, le mois dernier, pour porter la parole des victimes, ce dernier prendra la parole dans la matinée. À noter que cette journée n’est pas ouverte au grand public.
 

Propos recueillis par Mathieu Roualdés
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