Aveyron : les négociations autour de la PAC exacerbent les tensions

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  • Mi-décembre, les agriculteurs avaient manifesté à Rodez contre la nouvelle carte des zones vulnérables.
    Mi-décembre, les agriculteurs avaient manifesté à Rodez contre la nouvelle carte des zones vulnérables. Archives CP
  • Dominique Fayel, Laurent Saint-Affre, président de la FDSEA et Romain Déléris, président des JA (de gauche à droite).
    Dominique Fayel, Laurent Saint-Affre, président de la FDSEA et Romain Déléris, président des JA (de gauche à droite). Reproduction Centre Presse - Reproduction Centre Presse
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Ce mercredi, vers midi, les agriculteurs, à l’appel de la FDSEA et des JA, vont traverser le viaduc de Millau pour faire entendre leurs inquiétudes à propos de la prochaine PAC qui doit entrer en vigueur en 2023. Une manifestation qui s’inscrit dans un contexte tendu, où certaines filières rencontrent des difficultés.

Alors que les négociations pour la prochaine PAC (Politique agricole commune) sont entamées au niveau européen, "les premiers signaux donnés par le ministère de l’Agriculture ne vont pas dans le bon sens".

" En l’état actuel des discussions, les mesures qui pourraient être prises menacent directement le secteur de l’élevage, particulièrement important chez nous ", assure Dominique Fayel, qui a rejoint le conseil d’administration de la FNSEA, après l’élection de Christiane Lambert à la présidence.

Pour faire entendre leurs inquiétudes, à l’appel de la FDSEA et des JA, les agriculteurs entendent traverser le viaduc du Millau, vers midi, à bord de leurs tracteurs. Et ainsi, mettre en lumière, "les difficultés à venir si jamais les hypothèses qui sont évoquées se concrétisent", explique Romain Déléris, président des Jeunes agriculteurs de l’Aveyron.

Trois principaux griefs sont évoqués à propos de cette PAC qui doit entrer en vigueur à partir de 2023.

En premier lieu, le budget de l’Indemnité compensatoire de handicap naturel (ICHN) est " remis en cause". "Alors que cette aide structurelle accompagne les agriculteurs à produire en territoire difficile", souligne Laurent Saint-Affre, président de la FDSEA.

"Maintien de fermes à taille humaine"

En Aveyron, sur un peu plus de 7 000 dossiers PAC, environ 6 000 doivent tenir compte d’une Indemnité compensatoire de handicap naturel. L’ICHN "est progressive selon la taille de l’exploitation et dégressive selon l’intensification ou l’extensification. Elle encourage une agriculture raisonnée en lien avec la réalité du territoire", rappelle Laurent Saint-Affre.

Pour les agriculteurs, "l’enjeu majeur des négociations" reste les aides couplées. Des aides qui sont attachées aux productions, aux animaux, et non à l’exploitation et au foncier.

Donc, "elles favorisent le maintien d’un troupeau important à l’échelle du département", assure le président de la FDSEA.

Encore une fois, la remise en cause de ces aides pourrait causer "une déprise agricole, remettant en cause notre économie locale. Ces aides permettent de soutenir les filières et ses outils de valorisation : laiteries, abattoirs, découpe. Cela permet également le maintien de fermes à taille humaine puisque ces aides couplées à la production sont dégressives selon les volumes. Elles favorisent l’actif agricole véritable, les fermes à taille humaine et non la concentration des exploitations", persiste Laurent Saint-Affre.

Prix du lait, filière viande et broutards

Justement, le dernier point revendiqué par les agriculteurs porte sur la "définition de l’actif agricole".

Pour les représentants syndicaux, il est "nécessaire de mieux cibler les aides européennes vers des agriculteurs participant effectivement à l’acte de production et à la vie économique", poursuit Laurent Saint-Affre. "La PAC ne doit pas devenir une rente. Certaines dérives sont parfois constatées, complète Dominique Fayel. Je rappelle que cette aide a été créée afin d’assurer l’accès à l’alimentation pour la population européenne."

Par ailleurs, cette problématique entraîne bien souvent "un blocage du foncier, nécessaire au renouvellement des générations en agriculture, déplore Romain Déléris. Les agriculteurs qui peuvent prendre une retraite à taux plein ne doivent plus prétendre aux aides européennes."

Ces inquiétudes autour de la prochaine PAC s’inscrivent dans un contexte déjà "difficile où les motifs de mécontentements sont nombreux", selon Dominique Fayel.

Ainsi, la question du prix d’achat des broutards, toujours aussi bas, des négociations avec la grande distribution "qui ne se passent pas très bien", les difficultés de la filière lait-viande ou encore " des bruits de couloir concernant d’éventuelles négociations de libre-échange avec le Mercorsur…, reprend-il. Ce contexte est loin d’être favorable pour notre agriculture et nous y sommes très attentifs".

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Philippe Henry
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