Jean-Marie Sabin : le "Monsieur Cinéma" du Kenya

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  • Fan d'animaux sauvages et de 7e art, Jean-Marie Sabin a faut du Kenya son refuge.
    Fan d'animaux sauvages et de 7e art, Jean-Marie Sabin a faut du Kenya son refuge. -
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Parti de Conques à 18 ans avec un "petit sac à dos" et des rêves plein la tête, Jean-Marie Sabin a d’abord sillonné l’Amérique du Sud avant de traverser l’Atlantique. Pour lui, direction l’Afrique et le Kenya où il accueille aujourd’hui – et depuis 20 ans – les réalisateurs de cinéma, de pub et de films documentaires dont il assure la logistique.

J’ai eu très tôt le goût des voyages", valide d’emblée Jean-Marie Sabin. Depuis Conques où il a passé sa prime jeunesse, le bonhomme en culotte courte rêvait déjà de grands espaces et d’animaux sauvages.

Une passion développée, il s’en amuse, en regardant Daktari à la télévision, bercé par les aventures de Marsh Tracy, le médecin – daktari en swahilli – qui dirige un centre d’études sur le comportement des animaux à Wameru, au Kenya, Jean-Marie Sabin n’a donc pas hésité quand il a été question de quitter le nid, à 18 ans à peine.

"Mon envie à cette époque n’était pas tant de quitter la France que de voir ce que le monde avait à m’offrir." Comme ses illustres aïeux partis à Piguë chercher fortune dans la pampa argentine, Jean-Marie vise l’Amérique du Sud.

"J’ai d’abord tenté ma chance dans plusieurs pays d’Amérique du Sud où je suis arrivé avec une valise et pas beaucoup d’argent. J’y ai passé quelques années en multipliant les petits jobs. Mais j’étais, hélas, un peu trop jeune pour en profiter pleinement et trouver ce que j’étais venu chercher."

De cette mise en orbite sud américaine, l’Aveyronnais garde malgré tout de "bons et beaux souvenirs". "Évidemment." Sans doute aussi un petit goût d’inachevé, très vite dissipé.

A raison d’une quinzaine de tournages par an, qui pour certains durent plusieurs mois, Jean-Marie Sabin est devenu un spécialiste très demandé.	ReproCP
A raison d’une quinzaine de tournages par an, qui pour certains durent plusieurs mois, Jean-Marie Sabin est devenu un spécialiste très demandé. ReproCP -

À 24 ans, il met le cap vers l’Afrique, berceau de ses primes amours pour la faune sauvage. "Je suis arrivé au Soudan sans beaucoup plus d’argent, poursuit cet amoureux de récits d’aventures. À cette époque-là heureusement, le boom du tourisme, européen notamment, et Français en particulier, m’a permis de trouver rapidement du travail. 

À contrecœur, il assure la logistique des safaris de chasse. "J’étais employé comme apprenti en quelque sorte. J’assurais alors l’approvisionnement, le transport, le montage des camps." Très vite rattrapé par la seconde guerre civile soudanaise qui éclate en 1983, l’Aveyronnais file au Kenya et découvre la magie du cinéma dans les coulisses d’un mythe du genre multi-oscarisé, Out of Africa. Pour le chef-d’œuvre de Sydney Pollack, il assure cette fois encore une partie de la logistique du film face à deux monstres sacrés du 7e art, Meryl Streep et Robert Redford.

A raison d’une quinzaine de tournages par an, qui pour certains durent plusieurs mois, Jean-Marie Sabin est devenu un spécialiste très demandé.	ReproCP
A raison d’une quinzaine de tournages par an, qui pour certains durent plusieurs mois, Jean-Marie Sabin est devenu un spécialiste très demandé. ReproCP -

Pour l’anecdote, on notera que la production avait dû faire venir des lions depuis la Californie, le gouvernement kenyan ayant interdit l’utilisation d’animaux sauvages dans un film. Qu’à cela ne tienne. Les prises se succèdent et les anecdotes défilent pour le fondateur des sociétés One Safari Production et Wild Side Productions qui se garde bien d’en révéler la teneur. "Pour durer dans ce métier, mieux vaut parfois rester discret." Fermer le ban.

Le Kenya clé en main

Avec ses deux entités, le natif de Conques propose au monde du cinéma et de la télévision des solutions clé en main. "En fonction des besoins, de l’histoire, je propose un ensemble de services qui vont de la demande de licences de tournage, à la logistique, le transport, l’hébergement, la location du matériel de tournage, la mise à disposition de techniciens, la traduction… On peut aussi assurer le casting… Viennent ensuite les repérages avec le réalisateur, le producteur et le directeur photo.

Capable de répondre à "toutes les demandes", Jean-Marie Sabin se souvient aussi de "quelques pépins" venus émailler son parcours. "Lors d’un tournage dans le désert de Chalbi, au nord du Kenya, près de la frontière avec l’Éthiopie, une tornade a dévasté la totalité du camp de base. Plus rien ne tenait… Tout le matériel de tournage, les véhicules, l’avion que nous avions affrété pour l’occasion… Plus rien n’était en état de fonctionner. Même la radio était HS…" Quant aux téléphones portables, "ils n’existaient pas encore."

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"Complètement paumé au milieu de rien", il finira par prendre la route pour trouver des secours. "À pied, escorté de deux mecs armés", précise le sexagénaire. À cette époque-là et à cet endroit-là, mieux valait être bien accompagné !" En près de 30 ans de carrière, l’Aveyronnais a acquis une connaissance approfondie des lieux, conscient des risques et de la géopolitique mouvante en de telles latitudes.

"Il y a des pays où je ne vais plus comme le Soudan, l’Éthiopie. C’est bien trop dangereux." Lui qui a échappé à un guet-apens orchestré par le groupe islamiste Harakat Al-Shabaab Al Mujaheddin (mouvement des jeunes combattants plus connu sous le nom de "Al Chabab") ou essuyé des rafales de pistolets-mitrailleurs à la frontière avec la Somalie, sait mesurer les risques.

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"Je ne vais aujourd’hui qu’en des lieux sûrs que je connais bien, où je suis déjà allé. On entend parfois dire qu’en Afrique, tous les pays se ressemblent. C’est loin d’être le cas." Pas de place donc à l’improvisation. "Plus jeune, j’étais peut-être plus intrépide. Avec l’âge, j’ai 62 ans, je le suis beaucoup moins."

Installé à Nairobi, la capitale du Kenya surnommée "Green City in the Sun" Jean-Marie Sabin voue, en revanche, une passion inaltérable pour la faune sauvage et a aussi fait du mont Kenya sa base arrière. "C’est là où, entre deux tournages, j’aime me ressourcer."

C’est là aussi où il transmet son autre passion pour le monde du 7e art à son fils, Ethan, 15 ans qui pourrait faire perdurer l’héritage familial à la tête de Wild Side Productions. "Il est aussi intéressé que moi !" En attendant, Jean-Marie Sabin poursuit son aventure sur un continent qu’il aime passionnément, enchaînant les tournages – une quinzaine par an – avec la rigueur d’un métronome.

"Les projets que j’accompagne sont incroyablement variés. J’adore vraiment ce que je fais. À regarder dans le rétro, je dirais même que mon parcours depuis l’Aveyron me plaît beaucoup. Je suis assez content de moi. C’est important, non ?"

 

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Aurélien Delbouis
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