Montézic, la centrale hydraulique qui fait rayonner l’Aveyron

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  • Le lac de Montézic est installé sur le plateau. L’usine 400 m plus bas
    Le lac de Montézic est installé sur le plateau. L’usine 400 m plus bas Photos EDF
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Le département de l’Aveyron est le deuxième de France à produire le plus d’énergie hydraulique, c’est-à-dire de l’électricité à partir de l’eau. Une performance liée aux atouts naturels du territoire et notamment au Nord-Aveyron qui, grâce à ses dénivelés et à ses rivières, présente les conditions optimales. C’est pour cela que depuis les années 1930, EDF a développé de nombreuses installations. Dont celle de Montézic, l’une des six stations de transfert d’énergie par pompage de France. Celle-ci permet de produire, en deux minutes seulement, 900 mégawatts soit l’équivalent de la production d’un réacteur nucléaire.

Il faut parcourir un long tunnel d’un kilomètre de long pour s’enfoncer dans les entrailles de l’Aubrac. C’est là, 400 m sous le lac de Montézic que fonctionnent, depuis 1982, quatre turbines capables de produire de l’électricité pour 620 000 habitants. L’Aveyron compte de nombreuses centrales hydroélectriques. Le territoire est même le deuxième département de France à produire le plus d’électricité de cette manière.

Le tout grâce, en grande partie, aux installations d’EDF. La configuration du territoire fait que l’entreprise est divisée en deux entités distinctes. EDF Hydro Lot Truyère pour les multiples installations le long des deux rivières et EDF Hydro Pouget pour les lacs du Lévézou et les installations sur le Tarn. Les installations de Montézic dépendent de la première structure. Denis Cambon, est responsable du site. Lui et son équipe d’une vingtaine de personnes environ œuvrent à la maintenance et à l’entretien de cette centrale capitale pour la production d’électricité en France.

Comment marche une turbine

Les quatre turbines de la centrale de Montézic sont immenses. Elles mesurent 15 m de haut, pèsent plus de 600 tonnes et peuvent donc produire chacune 220 Mw. Pour créer de l’énergie hydraulique, il faut donc faire arriver de l’eau (avec un débit élevé, 60 m3 par seconde) pour actionner la turbine, qui fait fonctionner un alternateur, qui produit de l’électricité. Celle-ci est ensuite envoyée dans un transformateur pour être intégrée dans le réseau. L’eau, elle, est renvoyée dans la Truyère. À aucun moment elle n’a reçu d’additif et ne fait que circuler dans un réseau. Il n’y a donc pas de pollution ou d’altération de sa qualité. A noter qu’à partir du démarrage de la turbine, il lui faut seulement deux minutes pour atteindre sa pleine puissance.

Construite dans les années 1970, toujours efficiente

En effet, elle est une des six Step (Station de transfert d’énergie par pompage) du pays, la deuxième plus importante. "L’électricité ne se stocke pas, rappelle le technicien. Mais l’eau oui. L’énergie hydraulique est la source d’énergie renouvelable la plus flexible." Alors que l’éolien et le solaire dépendent des conditions climatiques et du moment de la journée, les centrales hydrauliques, elles, ne dépendent que du débit de l’eau. Si pour les "classiques", la sécheresse ou le tarissement des cours d’eau peut avoir un impact, ce n’est pas le cas des Step.

En effet, celles-ci fonctionnent en circuit fermé. C’est donc le cas pour la centrale de Montézic. Dans les années 1970, le lac qui la surplombe a été construit et rempli. Des tuyaux permettant à l’eau de descendre 400 m plus bas, dans la montagne, là où est située l’usine et ses quatre turbines, ont été installés. Une fois utilisée, l’eau est évacuée vers un nouveau réseau de tuyaux dans la roche vers la Truyère et la retenue d’eau de Couesques.

L’eau est pompée et remontée dans le lac aux heures creuses

Mais tout l’intérêt de la Step, c’est que l’eau peut faire le chemin inverse, dans la même installation, grâce à des pompes et venir ainsi recharger le lac de Montézic. "L’idée, c’est d’utiliser les pompes sur les heures où il y a moins besoin d’électricité dans le réseau, souvent la nuit, même si ces moments évoluent avec la progression de l’éolien", reprend Denis Cambon. Pour optimiser le dispositif, des équipes, et des ordinateurs, basés à Toulouse, s’occupent de démarrer à distance les turbines quand il y a besoin, ou de recharger le lac sur les heures creuses. "En théorie, sans pompage, il faudrait que les turbines tournent pendant 40 heures pour que le lac soit vidé, mais ce n’est jamais le cas puisque les turbines ne fonctionnent pas en permanence et surtout parce qu’on pompe tous les jours pour le renflouer. Nous sommes ce qu’on appelle une Step hebdo. Cela veut dire qu’en théorie, on démarre la semaine le lundi avec un lac plein. Dans la journée, le niveau baisse avec les besoins en électricité et il se renfloue en partie la nuit. Cela dure comme ça toute la semaine et le vendredi on atteint un niveau bas. Le week-end, comme il y a moins besoin d’électricité puisque les usines et beaucoup d’entreprises sont à l’arrêt, le pompage est plus important et le lac peut être rempli pour le lundi."

Un système qui fonctionne depuis plus de 40 ans maintenant et qui ne cesse de faire rayonner l’Aveyron.

 

EDF Hydro, un acteur économique majeur du territoire

L’histoire entre EDF hydro et l’Aveyron dure depuis longtemps et dépasse le cadre même de la production d’électricité. En partenariat avec les collectivités, l’entreprise propose, pendant la saison touristique, plusieurs visites de sites. L’an dernier, ce sont plus de 3 000 personnes qui ont participé à ces rendez-vous. Les échanges avec les acteurs du tourisme ont également permis de mettre à jour le périmètre de La Route de l’énergie, afin de développer le tourisme industriel. Le périmètre s’entend donc désormais comme un trait d’union touristique au fil de la rivière, allant du viaduc de Garabit au barrage de Castelnau-Lassouts.

Des visites sont également proposées, tout au long de l’année, aux scolaires. L’occasion d’accrocher aussi les élèves qui plus tard seraient intéressés par les métiers de l’énergie. Au-delà du tourisme, EDF Hydro Lot Truyère est également un acteur économique fort du territoire. "Nous faisons travailler des personnes qui vivent sur le Nord-Aveyron, mais nous engageons aussi de nombreux travaux qui font travailler les entreprises locales ou, lorsque les prestataires viennent d’ailleurs, qui amènent de l’activité économique, détaille Caroline Togna, directrice de la structure (photo). Concrètement l’entreprise réalise environ 15 M€ d’investissements par an dans la modernisation et l’entretien de ses turbines. Depuis 2015, un gros chantier a été effectué sur les quatre turbines de la Step de Montézic. Il va se terminer en 2022.

L’incertitude du renouvellement de la concession des barrages

Ensuite, c’est sur la turbine principale de la centrale de Brommat que démarrera un nouveau volet de rénovation. Celui-ci doit durer pendant 6 ans. À l’inverse de Montézic, où les turbines ont été immobilisées une à une pendant au moins un an, là, le chantier se fera par phases sur des campagnes estivales, quand il y a besoin de produire un peu moins d’électricité. En effet, il faut que cette turbine de 240 MW soit en service l’hiver.
En parallèle, depuis 10 ans, EDF Hydro a dans ses cartons, depuis une dizaine d’années, un gros projet de développement pour rajouter une nouvelle turbine sur une de ces centrales du Nord-Aveyron.

Pour le moment, la directrice n’en dira pas plus. En effet, ce "Projet Truyère", est conditionné à l’avenir de la concession des barrages et donc à une décision politique. Depuis 2015, la loi oblige l’État à mettre en concurrence EDF pour le renouvellement de la concession de ses barrages. Alors que l’énergie est un enjeu national majeur, d’autant plus à l’heure de la crise russo-ukrainienne, EDF attend le renouvellement de la concession pour lancer les lourds investissements. Celui-ci est toujours dans l’attente d’une décision de l’État. D’autres projets de développement de moindre envergure sont eux aussi dans les cartons, comme celui de l’installation d’une micro-turbine, à Golinhac où l’entreprise a installé une retenue d’eau, et voudrait en profiter pour y ajouter une petite installation. Mais celle-ci est dans l’attente d’une intervention d’Enedis, qui s’occupe du réseau électrique, et qui a besoin de faire des aménagements pour pouvoir accueillir davantage d’électricité. Un cas fréquent pour de nombreux projets de micro-centrales privées.

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RICHAUD Guilhem
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