Mad skills, ces compétences originales sont-elles vraiment un atout ?

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    Mad skills, ces compétences originales sont-elles vraiment un atout ?
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Après les hard skills et les soft skills, place aux mad skills, ces compétences qualifiées par certains d’exceptionnelles et très recherchées des RH outre-Atlantique. Tout droit sorti des bureaux de la Silicon Valley, ce concept a-t-il réellement pris une place de choix lors des entretiens de recrutement en France ? On fait le point.

Obtenir un entretien d’embauche, une promotion, voire une levée de fonds, tous les moyens sont bons (enfin, pas tous quand même) pour parvenir à décrocher la timbale. Si l’expérience, les diplômes, le savoir-être et un storytelling bien travaillé, sont toujours autant appréciés des recruteurs français, la recherche des fameuses mad skills, que l’on peut traduire par compétences folles, semblerait avoir le vent en poupe depuis la crise du Covid-19 et la recherche de candidats " adaptables" aux situations mouvantes. Qu’en-est-il vraiment en France ?

Concrètement, c’est quoi les mad skills

Les mad skills peuvent être définies comme étant des supers compétences, des aptitudes hors du commun, ce qui fait qu’une personne est originale et atypique dans un contexte hors travail (agilité, capacité à apprendre, etc.) Néanmoins, cette "déviance" comme la nomme le psychologue social Serge Moscovici, doit être policée lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre professionnel. Les mad skills s’acquièrent au sport, à la musique, au théâtre, voire parfois dans certaines circonstances malheureuses (décès, maladie). Elles sont censées venir compléter les hard skills qui regroupent les connaissances et les savoir-faire nécessaires dans l’exercice d’une profession et sont finalement assez proches des soft skills. Ces dernières, définies comme les compétences humaines et comportementales d’un individu, englobent par exemple la communication, l’empathie, le leadership ou encore la créativité. 

Le terme de mad skills est apparu aux États-Unis en 2019, et s’est rapidement répandu dans les pays anglo-saxons lors de la crise sanitaire, alors que les recruteurs, notamment dans la tech, recherchaient des profils aux talents exceptionnels pour faire face à la mutation des organisations et au développement du télétravail notamment. Faire preuve de curiosité, de résilience et d’agilité au quotidien, être à même de penser différemment ou encore faire preuve d’intuition au moment de prendre une décision stratégique. Des qualités ou des compétences finalement assez répandues chez les salariés de certains secteurs d’activité mais dont la recherche va s’accentuer chez les DRH outre-Atlantique. Néanmoins ce nouveau besoin aura-t-il un impact assez conséquent pour faire évoluer les processus de recrutement dans notre pays ? 

Quid de la recherche des mad skills en France ?


Récemment dans Le Monde, Lily Houël, 20 ans, étudiante en école d’ingénieurs, confirmait qu’au sein de sa formation, les étudiants étaient invités à développer leurs mad skills, notamment par le biais d’exercices de création artistique, de cours de photographie ou d’histoire de l’art. Cette tendance de recrutement aurait ainsi pris racine dans l’Hexagone au point de ringardiser les entretiens d’embauche classiques ? 

"Les mad skills, c’est un concept très anglo-saxon ", annonce d'emblée Clémence Godefroy, consultante en recrutement chez Aravati. "Un premier entretien de qualification avec un candidat, c’est une heure en moyenne. On s’attache avant tout à vérifier si la personne correspond à ce que le manager recherche en termes de compétences et de savoir-être. " Pénélope Tavard, responsable formation et Avril Academy pour le groupe Avril, souligne : "Même si la singularité des candidats est de plus en plus prise en compte en entretien, l’expérience professionnelle et le diplôme sont toujours les deux choses que nous regardons en priorité sur un CV. " Et qu’en est-il du côté des chasseurs de tête qui poussent généralement les entretiens plus loin que les recruteurs traditionnels ? " Je ne recherche pas nécessairement les mad skills en entretien, sauf si je comprends que le type de compétence peut avoir un intérêt pour la société qui recrute, mais c’est assez rare", confie John Brami, chasseur de tête et président de la société Disruptit. "Si je dois engager un PDG pour une grande société et que je vois que la personne a été sportive de haut niveau par exemple, bien sûr que ça peut être intéressant dans son approche du collectif ou pour savoir gérer la pression. Mais ce ne sera pas le critère numéro un." 

Le marché français ne semble pas encore mature, côté RH comme côté candidat, pour des entretiens atypiques voire intimistes. " En France on est dans la retenue, dans la pudeur. Les anglosaxons sont davantage libérés par rapport à ça, ils aiment les histoires et les mad skills sont propices à ce genre d’exercice", explique Clémence Godefroy de chez Aravati.

Mettre en avant ses mad skills en France, utile ou risqué ?


Certains candidats peuvent être tentés de mettre en avant leurs mad skills sur un CV, voire même de les évoquer à l’occasion d’un entretien. Mais est-ce réellement une bonne idée dans un cadre franco-français ? "Je remarque que certains prennent cette initiative, mais attention, tout le monde n’a pas de compétences particulières à mettre en avant ", précise John Brami, chasseur de tête et président de la société Disruptit. "Je déconseille de passer trop de temps à parler de ses mad skills car, parfois, cela n’a aucun intérêt pour un poste. Il faut vraiment qu’il y ait une pertinence avec l’entreprise pour laquelle l’individu candidate. Pour un ancien hacker qui postule en cybersécurité chez BNP Paribas par exemple, cela a du sens."

Si les RH français ne creusent pas du côté des compétences "exceptionnelles" des postulants, c’est peut-être aussi parce que ces derniers "manquent de créativité au moment de parler de leurs réels centres d’intérêt", dixit Clémence Godefroy. " Si vous avez un profil qui aime la musique, le cinéma et les voyages, difficile de se faire une idée précise de qui il est vraiment dans la vie. " Pénélope Tavard est du même avis : " L’important est d’aller chercher ce qui passionne la personne. Entre deux profils proches aux compétences similaires, on va être amené à s’intéresser aux centres d’intérêts en dehors du monde professionnel. C’est ce qui fera la différence dans le recrutement du futur talent. "

John Brami complète : " J’ai déjà recruté, pour des entreprises, un ancien pilote d’avion, un musicien professionnel, un ancien sportif de haut niveau et même quelqu’un de très haut placé en politique. Ce type de profil là, c’est souvent à double tranchant ! Ce sont des individus avec des très fortes personnalités, ça peut refroidir un recruteur. On est beaucoup dans le jugement en France contrairement aux États-Unis. " 

Prendre conscience de ses forces extra-professionnelles, les retranscrire sur son CV et/ou adapter son discours lors d’un entretien, les trois conseils à retenir pour ressortir indemne de la jungle des entretiens.

BPI France
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