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Valentin Rosier, classe à part

  • Son bob fétiche sur la tête, Valentin Rosier n’a plus vraiment l’habitude de s’asseoir sur un banc, que ce soit d’école ou des remplaçants. À bientôt 20 ans (il les aura le 19 août), le Montalbanais s’apprête à faire le grand saut dans le monde pro, cet été.
    Son bob fétiche sur la tête, Valentin Rosier n’a plus vraiment l’habitude de s’asseoir sur un banc, que ce soit d’école ou des remplaçants. À bientôt 20 ans (il les aura le 19 août), le Montalbanais s’apprête à faire le grand saut dans le monde pro, cet été. Jean-Louis Bories - Jean-Louis Bories
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À même pas 20 ans, le Montalbanais a crevé l’écran cette saison avec le Rodez Aveyron football en CFA. Une révélation sur le tard de ce pur talent que l’indiscipline scolaire a longtemps retardé. Mais Valentin Rosier est un entêté avec un rêve : devenir professionnel, pour lui mais aussi pour sa mère.

On le croirait tout droit sorti d’un clip de rap des Américains de Public Enemy. Bob en cuir fétiche vissé sur la tête, regard faussement nonchalant, Valentin Rosier a peut-être raté une carrière. Loin de ce couloir droit où il s’est révélé à la vitesse de la lumière cette saison, il aurait pu former un duo bruyant avec son coéquipier du Rodez Aveyron football, Ugo «Yougo» Bonnet, et s’inspirer de Gradur, le rappeur auquel il a piqué son couvre-chef. Le défenseur latéral a d’autres plans, un chemin qu’il sait tracé depuis tout petit: footballeur professionnel, pour lui mais pas seulement. Quand la grande majorité des enfants se débat pour choisir sa vocation entre astronaute ou pompier, Valentin Rosier a toujours été certain au plus profond de lui-même.

«Si je ne suis pas pro, tant pis, ce sera la rue»

Ce serait le ballon rond et rien d’autre. Une chose dont il est sûr depuis qu’enfant, il a inséré dans son magnétoscope et regardé en boucle la cassette de la finale France-Brésil et des deux coups de tête de Zizou en 1998. Son déclic. «Quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, j’écrivais “footballeur” sur les fiches en début d’année à l’école. Je le disais à ma mère: “J’iraiau bout de mon rêve quitte à me rater. Et si je ne suis pas pro, tant pis, ce sera la rue».

Aujourd’hui, Amiens, promu en Ligue 2, et surtout Dijon, future équipe de Ligue 1 où il a passé un essai en mars, lui font la cour. Le grand saut lui fait un peu peur, il ne s’en cache pas à l’heure de «passer de l’autre côté», celui des pros. Mais il se dit en mission. Pour sa mère Véronique, secrétaire présente à chaque match, souvent avec ses grands-parents, André et Rose. «Je veux pouvoir l’aider, martèle-t-il. Elle galère, elle n’a jamais pu se faire plaisir et elle s’inquiétait pour moi quand je ne faisais rien.» 

«L’homme au bob», comme l’ont surnommé ses partenaires au Raf, sait ce qu’il veut mais aussi ce qu’il vaut. Dès son plus jeune âge, après avoir martyrisé le ventre de sa maman de ses premières reprises de volée, le gamin, mélange d’origines guadeloupéenne et italienne, a survolé les catégories, de surclassement en intérêt des meilleurs clubs formateurs de France.

Son père Tonio le lui a d’abord caché, refusant Sochaux, Rennes ou le TFC lors de ses 11ans et de son passage au Montauban FC. «Val» l’a appris deux ans plus tard, alors qu’il venait de rejoindre le club de la Ville Rose, premier contrat (d’aspirant) en poche. La pilule est passée toute seule. Pas la scolarité. Car si le jeune homme étonne sur le terrain par sa maturité à un poste aussi exigeant, sa faille réside en dehors: l’école. Ou plutôt «l’autorité», selon ses propres mots. Rien de bien étonnant quand on ressemble au rappeur d’un groupe ayant chanté «Fight the power» («Combat le pouvoir»).

Faille et démons d’un «footiste»

Ce refus, Valentin Rosier a appris à le situer. Pudiquement, il renvoie au divorce de ses parents au début de l’adolescence. «Pendant un an, je ne voulais plus voir mon père. Pourtant c’est mon père, souffle-t-il. Mais je crois que c’est pour ça que je n’ai pas aimé l’autorité. Maintenant, je fais abstraction.» Et les rapports avec son père se sont améliorés. Pendant des années, le rêve de Rosier le turbulent a bien failli s’évanouir en même temps que les heures de «colle», les cours séchés et les réunions parents-profs s’accumulaient.

Au TFC, les «petites bêtises», comme il dit malicieusement évoquant par exemple une chamaillerie entre potes à l’extincteur, lui ont coûté cher. Renvoi, redescente au niveau District pour une saison jusqu’à ce que le Raf ne le rattrape au vol. Il y intègre les U17 Nationaux entraînés par Alexis Chambéry, débute un Bac pro plomberie. Mais après quelques mois, les démons ressurgissent. Convoqué par le proviseur du lycée Monteil en même temps que la mère du jeune homme, Gregory Ursule connaît bien la situation. 

«Pendant un an, je n’ai rien fait»

«Des profils comme “Val”, il y en a dans tous les clubs. Mais on peut passer à côté d’eux à cause du comportement, explique le manager du Raf. Lui l’a compris et il s’est assagi. Surtout, il assume: c’est le foot et rien d’autre.» Et surtout pas les bancs de l’école, qu’il quitte finalement à 17 ans, aucun diplôme en poche. «Pendant un an, je n’ai rien fait. Je disais à ma mère que j’irais bosser. Mais je refusais toutes les offres de la mission locale. Je n’allais même plus aux rendez-vous...», raconte-t-il en sirotant un Coca.

Dans son appartement qu’il peut tout juste se payer avec les aides, Valentin Rosier attend l’entraînement de la réserve, équipe de Division Honneur (6e division). Il n’est «pas trop boîte de nuit», n’a «pas d’autres passions que jouer au foot, à part la famille et les amis». Il est un peu solitaire, insatisfait et surtout «footiste», se marre-t-il après un lapsus (révélateur pour un footeux) qui signifie «je-m’en-foutiste».

«Je pense avoir une étoile. À chaque fois, le foot me rattrape»

Parier alors sur son explosion revient à miser sur le titre de champion d’Angleterre de Leicester. «Je serai malhonnête si je disais que je ne suis pas surpris de son évolution», reconnaît d’ailleurs Ursule. Ce gros coup sur un joueur talentueux qui voyait le poste de défenseur «comme une punition» lors d’une tentative au TFC, Florent Rech et surtout Laurent Peyrelade l’ont tenté. «Passé à côté de la détection», de son propre aveu, le Montalbanais est encore rattrapé au vol par le duo, l’été dernier.

«Ce ne serait qu’un début»

Peyrelade, ex-formateur au Mans devenu entraîneur des seniors ruthénois, le retient comme doublure à l’arrière. Mauvais perdant assumé, «le foot c’est la guerre» dit-il, Rosier ne restera pas longtemps sur le banc, porté par une puissance rarement vue. Comme pour rattraper le temps perdu.«Je crois aux signes de la vie. Je pense avoir une étoile. À chaque fois, s’étonne-t-il, le foot me rattrape. Comme si tout était un mal pour un bien.» Le bien, justement, on le lui prédit depuis plusieurs mois. Qu’il soit à Amiens, Dijon ou ailleurs dans les hautes sphères du foot français, le gamin désormais conseillé par un agent (Stéphane Canard) n’a jamais été aussi proche de décrocher sa lune. «Mais ce ne serait qu’un début», conclut-il. 

Maxime Rayaud
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