Elections européennes

Ces Européens qui font leurs vies en Aveyron

Abonnés
  • Kasper Ibfelt.
    Kasper Ibfelt. Photo J.B. - Photo J.B.
  • Petteri Parviainen.
    Petteri Parviainen. Repro CP - Repro CP
  • James Hennessy.
    James Hennessy. CPA - CPA
Publié le / Modifié le S'abonner

Ils sont Danois, Finlandais ou Anglais. Tous citoyens européens qui ont choisi de vivre et de travailler en France. Et plus précisément en Aveyron. Ils nous disent pourquoi.

Kasper Ibfelt, Danois et l'Europe comme une évidence

Son léger accent trahit quelque peu ses origines scandinaves. Aujourd’hui âgé de 46 ans, Kasper Ibfelt a quitté Copenhague et le Danemark dès l’âge de 18 ans, en 1991. "Dans notre pays, c’est une tradition. Dès qu’on a le bac, on s’accorde généralement un an pour découvrir le monde et apprendre une autre langue." Kasper a mis cap au sud et la région niçoise, où il a perfectionné son français, pendant un an, avant de s’installer à Bordeaux, pour travailler dans le négoce de vin. "Je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire, j’aime bien prendre mon temps", concède le souriant quadragénaire. Mais il était dit que l’histoire de Kasper avec la vigne ne faisait que commencer. Le Danois a alors entrepris des études d’œnologie, dans un lycée agricole. Et c’est Marie, sa future épouse et la mère d’Arthur, 13 ans, qui lui a donné le goût de l’Aveyron. Un département pour lequel il a eu un véritable coup de foudre. Kasper "ne regrette pas un seul instant." Voilà 14 ans déjà, depuis 2005, qu’il a pris la direction de la Cave des Vignerons du Vallon. Il est devenu un grand défenseur du vin de Marcillac et de tous les produits de l’Aveyron, "d’une grande variété, d’une grande qualité", et de "son art de vivre". "Ici, nous avons des agriculteurs responsables de l’environnement et des produits."

Européen convaincu, Kasper Ibfelt ne passera pas toutefois, dimanche, dans l’isoloir. Il s’en explique : "Ce serait malhonnête de voter au Danemark. J’ai quitté mon pays depuis trop longtemps, pour en connaître véritablement les problématiques actuelles." Justement comment ressent-il le désintérêt général pour ces élections européennes ? "Les gens s’en moquent ou sont contre car, pour eux, l’Europe, c’est un peu abstrait, ce n’est pas palpable. Si on faisait marche arrière, ils le ressentiraient. On a bien vu en Angleterre. Comment faire après ?"

L’Aveyronnais d’adoption va même plus loin dans son raisonnement : "Je pense qu’il y a un faible taux de participation, car ça fonctionne. Si cela ne fonctionnait pas, ils diraient il faut changer." Pour Kasper Ibfelt, l’Europe est une évidence. "Aujourd’hui, pour un Danois qui veut vivre en France, c’est beaucoup plus facile. Avant Schengen, c’était beaucoup plus compliqué. Pour la vente des vins dans l’Union européenne, c’est aussi beaucoup plus simple. Il y a moins de complications administratives. Et puis la PAC c’est très important. En Europe, l’agriculture, c’est primordial. Il faut la gérer. On oublie souvent que c’est ce qui nous fait manger…"

Mais que penser de la montée des nationalismes dans la plupart des pays européens. De ce repli sur soi. "Au Danemark, c’est pareil. C’est un petit pays qui va bien économiquement. Les gens ont envie de se protéger un peu."

Kasper n’est pas sur cette ligne. Le Danois du Vallon souhaite "un équilibre entre l’économique et le social." "Il ne faut jamais oublier l’humain. Quand on peut aider les autres il faut le faire, sans forcément tout libérer."

Petteri Parviainen, musicien finlandais, pour une Europe humaine

On l’a vu, récemment, avec sa contrebasse, sur la scène decazevilloise, aux côtés de la violoniste, Eva Slongo, lors du festival Mines de jazz. Musicien finlandais de 42 ans, Petteri Parviainen vit en France depuis quinze ans. Après être passé par la case Paris, il a rejoint la campagne aveyronnaise et s’est installé à Villecomtal, "un super village", où il vit depuis dix ans, avec sa femme Milja, écrivain et musicienne également, et leurs deux filles de 7 et 10 ans, Alfhild et Lydia.

Pourquoi avoir choisi la France ?

"Pour la belle vie", glisse tout simplement le quadragénaire reconnaissable à ses locks.

Lorsqu’on lui parle du scrutin de dimanche, Petteri évoque une Europe, qu’il souhaite, avant, tout humaine, humaniste. "Les échanges européens, c’est important", lâche le contrebassiste, avant d’affirmer sans détour : "Dimanche, je vais voter pour la nature."

Pour l'Anglais James Hennessy, l'Europe c'est "la paix et la liberté"

Pour James Hennessy, 49 ans et réparateur de vélos à Rodez, l’Europe, c’est d’abord "la liberté et la paix". Pour l’Anglais qui a quitté Londres pour "l’amour" – sa femme est Ruthénoise – l’Europe "a apporté la richesse à tout le monde. Nous sommes tous plus riches que nos grands-parents et nos parents grâce à l’Europe. Il ne faut pas montrer du doigt les 1 % les plus riches et faire monter les populismes", souligne James Hennessy. Et d’ajouter, "l’Europe nous a tout apporté : la santé, la richesse, la paix, l’éducation…".

Et de se souvenir que quand il était enfant, "nous avions des incendies à 3 ou 4 km de notre quartier. C’était la guerre avec les Irlandais… le terrorisme, à côté de ce qu’on a vécu pendant cette guerre, n’est rien du tout", plaide ce père de famille, dans un accent anglais s très prononcé.

Pour autant, la montée des extrêmes, comme le Rassemblement national lui "font peur". Il conseille aux jeunes d’aller voter car "on a beaucoup à perdre à sortir de l’Europe. Il y a des gens qui parlent facilement de totalitarisme quand ils parlent du gouvernement. On n’est quand même pas en Chine", assure celui qui conseille aux jeunes de "ne pas abandonner l’Europe".

 

 

Centre Presse
Réagir