Avec Railcoop, le fret fait son retour en Aveyron

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  • Le premier train et ses wagons ont été livrés le 15 novembre dernier à Capdenac. La première liaison commerciale a eu lieu le lendemain avec à bord, des palettes de… chocolat.
    Le premier train et ses wagons ont été livrés le 15 novembre dernier à Capdenac. La première liaison commerciale a eu lieu le lendemain avec à bord, des palettes de… chocolat. Photo José A. Torres
  • Dominique Guerrée, le président de Railcoop, est un bénévole.
    Dominique Guerrée, le président de Railcoop, est un bénévole. Photo J.-A.T.
Publié le , mis à jour

À partir du 7 décembre, la coopérative va effectuer plusieurs liaisons hebdomadaires entre Viviez-Decazeville et Toulouse-Saint-Jory. L’objectif est de proposer aux PME et TPE du Bassin et du Grand-Figeac de transporter leurs palettes par le train.

À partir du 7 décembre, la coopérative va effectuer plusieurs liaisons hebdomadaires entre Viviez-Decazeville et Toulouse-Saint-Jory. L’objectif est de proposer aux PME et TPE du Bassin et du Grand-Figeac de transporter leurs palettes par le train.

Au moins quinze ans, de mémoire de locaux, que la gare de Capdenac n’avait pas vu passer un train de fret. Depuis lundi 15 novembre 13 h 12, avec quatre minutes d’avance, c’est désormais de nouveau le cas. Ce jour-là, Railcoop, toute jeune société dont le siège est basé à Figeac et les entrepôts à Capdenac, a reçu ses premiers trains. En deux ans seulement, la petite start-up, qui emploie désormais 27 personnes, a réussi son pari : mettre sur les rails un train capable de transporter des marchandises entre la gare de Toulouse Saint-Jory, la principale plateforme spécialisée d’Occitanie, et celle de Viviez-Decazeville, en s’arrêtant donc par Capdenac. "Nous avons fait le choix de miser sur un modèle un peu expérimental, détaille Dominique Guerrée, le président de Railcoop. Il repose sur la palettisation." Concrètement, les trains circulent à heures fixes sur la voie, et les clients potentiels peuvent mettre des palettes dessus. "Une PME qui a besoin de transporter, une, deux ou dix palettes par semaine de Decazeville jusqu’au gros hub de Toulouse peut désormais le faire. Le dernier kilomètre sera toujours à faire en camion car il faudra aller chercher la marchandise au dépôt et la charger dans le train, qui part et revient tous les jours à la même heure, qu’il soit chargé ou vide."

Le Fret recule en France

Si un premier trajet a été effectué symboliquement mardi 16 novembre, avec des palettes de chocolat, les liaisons régulières démarreront officiellement le 7 décembre. D’abord au rythme de deux jours par semaine, puis très vite, au début de l’année 2022, du lundi au vendredi. "C’est un peu l’idée du système voyageur qui permet de prendre son ticket au dernier moment et de monter dans le train qui circule, quoi qu’il arrive, reprend le président de la Scic (lire par ailleurs). Cela rassure énormément les chargeurs, ils savent que tous les jours leurs palettes pourront partir. Il ne faut pas attendre que le train soit plein et donc des délais sur la livraison." Car depuis de nombreuses années, la part du fret ne fait que diminuer en France. Notamment parce que ne circulent presque plus que des trains complets avec des wagons-citernes, du grain, ou des containers. "Ce n’est absolument pas adapté aux besoins des PME, reprend Dominique Guerrée. Fret SNCF l’a bien compris. Si on a des wagons qui doivent, après Toulouse, partir à Rotterdam ou au Havre, ils intégreront leurs trains complets. On devient aussi apporteur de flux pour eux."

Transition écologique

Si Railcoop a choisi ce tronçon, ce n’est pas uniquement parce que ses fondateurs sont installés à Figeac. En effet, la ligne présente un potentiel commercial important avec les PME du Bassin, la Mécanic vallée et ses nombreux sous-traitants de l’aéronautique, qui ont besoin de livrer régulièrement dans la préfecture de Région. " Il y a un potentiel attractif qui ne trompe pas, lance le président. Il y a aussi de très grosses entreprises sur le secteur de Figeac qui sont de gros chargeurs potentiels et des PME qui peuvent trouver une solution sur-mesure. On a embauché un commercial dédié pour les démarcher. Ce n’est pas forcément facile puisqu’ils ont souvent des contrats avec des transporteurs qu’ils ne peuvent pas forcément arrêter du jour au lendemain. Pour autant, on a déjà beaucoup de touches. Elles sont intéressées parce que dans le cadre des normes RSE elles ont besoin de diminuer leurs émissions de carbone. " Et même si les locomotives sont Diesel, puisque la ligne n’est pas électrifiée, la pollution est sans commune mesure avec celle des camions sur la route. Maintenant, Railcoop est conscient de l’enjeu. Il faut être rentable, et rapidement. " On est une entreprise comme toutes les autres et nous n’avons pas de subventions, rappelle le responsable. On ne sera évidemment pas rentable dans les premiers jours, mais on doit monter en puissance. Pour le moment, c’est notre capital qui permet de financer ce démarrage, mais dans les trois ou quatre mois qui viennent, il faut au moins arriver à l’équilibre et ensuite avoir un peu de bénéfice. C’est le but. Il faut qu’on gagne de l’argent rapidement. On ne peut pas avoir un déficit permanent sur cette ligne. "

Chez Railcoop tout le monde y croit. Et les 10 000 souscripteurs convaincus en quelques mois ne font que renforcer cette certitude. D’autant plus que le potentiel semble important. "Le créneau économique est énorme, prévient Dominique Guerrée. La part modale du fret ferroviaire est de 10 % en France. Nos voisins directs, les Allemands, les Belges, les Espagnols et les Italiens sont à 19 %. On a au moins 9 % de parts de marché à prendre. C’est possible puisque les autres le font." Le président Macron semble en avoir d’ailleurs conscience puisqu’il a récemment annoncé l’ambition de faire monter la part modale du fret à 20 %. Une partie de ce chiffre sera donc faite en Aveyron à partir du 7 décembre prochain. Ensuite, Railcoop compte bien viser d’autres lignes de fret en France, même si pour le moment, aucune décision n’a été prise. Quoi qu’il en soit, l’entreprise qui s’est créée il y a moins de deux ans, a prouvé qu’elle pouvait aller vite et s’adapter. Le principe même de la start-up. C’est d’ailleurs tout le paradoxe de la coopérative qui allie deux mondes. Dans son siège de l’avenue d’Aurillac, à Figeac, la modernité est flagrante. Dans son entrepôt de Capdenac, on retrouve davantage les codes traditionnels du transport. Un savant mélange qui a permis, longtemps après, de faire revenir le fret en Aveyron.

Après le fret, Railcoop compte bien s’attaquer au transport de voyageurs. La société a déjà choisi quel serait son premier trajet : Bordeaux-Lyon. Une ligne que la SNCF n’exploite pas en liaison directe. Et s’il y a bien des TER, il faut en prendre plusieurs pour relier les deux métropoles. Initialement l’entreprise avait programmé d’effectuer ses premières liaisons à l’été 2022. Mais elle a annoncé, il y a quelques semaines, que cette date allait être repoussée à la fin de l’année ou à début 2023. Ce retard est lié aux difficultés d’obtenir de SNCF Réseau des sillons pour passer sur les voies aux horaires voulus. "On est sur une ligne à voie unique, détaille Dominique Guerrée, le président de Railcoop. Il faut des agents pour opérer les aiguillages, mais les postes n’existent plus. La raison pour laquelle on a repoussé c’est que SNCF Réseau ne peut pas fournir nos sillons. C’est un problème politique. On est prêt à payer pour qu’ils prennent le personnel nécessaire, mais on est coincés parce qu’ils ne veulent pas ouvrir de postes."

Près de 10 000 souscripteurs pour lever des fonds

Qu’elle est loin, l’époque où, en février 2019, une dizaine de personnes se retrouvaient, autour de Nicolas Debaisieux, dans une petite salle de Figeac, pour l’écouter présenter son projet de relancer le fret sur la ligne Toulouse – Viviez-Decazeville. La motivation de celui-ci, aujourd’hui directeur général de l’entreprise, est claire. Il veut être un acteur de la transition écologique et milite activement pour la réduction des émissions de carbone. Pour cela, miser sur le train est forcément une bonne option. Chargé de la coordination interministérielle sur les questions climatiques auprès du Premier ministre de 2007 à 2011, puis conseiller en changement climatique auprès de l’Union pour la Méditerranée, il connaît bien le sujet. Et lorsqu’il a décidé de se lancer, créer une coopérative, en l’occurrence une Scic (Société coopérative d’intérêt collectif) semblait une évidence. Cette structure, qui n’a pas le profit comme leitmotiv, mais bien l’intérêt collectif, et en valeur principale l’objectif d’être acteur de la transition écologique, permet de lever des fonds grâce à des souscriptions de particuliers, de personnes morales ou d’institutions. C’est ainsi que depuis plusieurs mois, l’entreprise, dont le siège est à Figeac et l’entrepôt ainsi que toute la partie opérationnelle dans le transport à Capdenac-Gare, en Aveyron, a su convaincre. En effet, lors de son dernier conseil d’administration, elle avait plus de 9 400 souscripteurs et la barre des 10 000 sera sans aucun doute passée dans les prochaines semaines. Surtout, plusieurs collectivités, dont dernièrement la Région Grand-Est, ont été convaincues par le projet, qui vise à multiplier les lignes de fret et de lancer également des lignes voyageurs (lire ci-dessous). En tout, Railcoop a déjà réussi à lever 3,4 M€ et comme dans toute coopérative, elle est dirigée par ses souscripteurs et chacun d’entre eux, peu importe son investissement, pèse la même chose : une voix. C’est ainsi que Dominique Guerrée, retraité, a été choisi comme président bénévole. Et si l’équipe de salariés, dirigée par Nicolas Debaisieux et sa sœur Alexandra a la main sur l’opérationnel, elle doit rendre des comptes aux souscripteurs. Pour lancer le service voyageur, sur la ligne Bordeaux-Lyon dans un an, l’entreprise va actionner un nouveau levier : l’émission de titres participatifs. Il s’agit de la possibilité pour des investisseurs d’apporter des fonds, avec une garantie de rémunération pendant plusieurs années, mais sans prise de position au capital.g. r.
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Guilhem Richaud
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