Aveyron : entre fierté, nostalgie et amertume, paroles de gilets jaunes

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  • Dès les premiers jours du mouvement, les ronds-points du département ont été occupés.
    Dès les premiers jours du mouvement, les ronds-points du département ont été occupés. Archives JAT
  • Des ronds-points occupés durant de nombreux mois.
    Des ronds-points occupés durant de nombreux mois.
Publié le , mis à jour

Le 17 novembre 2018, les gilets jaunes occupaient de nombreux ronds-points de France. À travers le département, pendant plusieurs mois, des actions se sont multipliées sur fond de ras-le-bol fiscal et de sentiment de déclassement. Trois ans après, trois gilets jaunes de la première heure témoignent.

Il y a trois ans, un mouvement social inédit se propageait partout en France. Les ronds-points devenaient leur lieu de rassemblement. Si l’augmentation du prix des carburants a été le déclencheur de la contestation, d’autres griefs sont venus s’y ajouter : un sentiment d’abandon de la ruralité, de déclassement, etc. En Aveyron, les gilets jaunes ont été nombreux, durant de longs mois, à occuper les ronds-points, à manifester dans les rues des principales villes. Aujourd’hui, certains se remémorent la genèse de ce mouvement, exprimant des sentiments qui oscillent entre nostalgie, fierté d’avoir soutenu le mouvement, mais également amertume.

Pascal, retraité, La Primaube

Dès les prémices du mouvement, Pascal (le prénom a été changé) a choisi de s’installer sur un rond-point de La Primaube. Il a rejoint un petit groupe constitué de salariés, indépendants ou retraités, comme lui. " La flambée du prix des carburants a d’abord été le moteur de nos manifestations, explique-t-il. Ensuite, d’autres revendications sont venues se greffer à notre mouvement, comme les bas salaires, etc. " À l’époque, Pascal se retrouve aux côtés d’autres gilets jaunes. L’ambiance des premiers jours du mouvement reste bon enfant. Mais aujourd’hui, avec le recul, celui-ci déplore "les insultes et les actes d’agressivité que j’ai pu subir. Cela a été dur d’entendre tout cela. Je suis retraité. Si je me suis battu, c’est pour les autres. Moi, je n’avais rien à gagner", complète-t-il.

Comme beaucoup d’autres, Pascal regrette les actes de violences qui ont ponctué les samedis de manifestation. "Je m’en désolidarise complètement. Cela a discrédité notre message. La violence ne faisait pas partie de notre mode d’action." Pour autant, le mouvement des gilets jaunes a "permis de mettre en lumière certains problèmes de société qui était ignorée jusqu’alors. Aujourd’hui, on fait beaucoup référence à notre mouvement. Tout le monde se demande s’il va y avoir de nouvelles manifestations."

Michel Ducros, 68 ans, Millau

Retraité, Michel Ducros fait partie des figures du mouvement millavois. " J’étais là au tout début. Pour ma part, il y a une chose qui m’a mobilisé dès le début un peu plus que le prix des carburants, c’est l’augmentation de la CSG, qui me faisait perdre près de 700 € par mois. Je suis Aveyronnais, il ne faut pas toucher à mon portefeuille", se souvient cet engagé de la première heure.

"Je râlais tout seul de mon côté, et puis j’ai vu qu’un mouvement se lançait", explique Michel Ducros. À l’époque, les gilets jaunes sont uniquement positionnés sur les tableaux de bord des voitures et pas encore sur les épaules des manifestants. Après avoir participé à une première réunion le 10 novembre 2018 sur la place de la Capelle ("je pensais que nous serions 20, nous étions une centaine"), "j’ai écouté, nous avons échangé et, dès le lendemain, nous étions chez Total, McDo, Géant Casino… La lutte a commencé comme ça", retrace Michel Ducros.

Quelques jours plus tard, débutera l’occupation du rond-point de Saint-Germain, à proximité de la barrière de péage du viaduc. "Je suis monté, pour voir. Deux ou trois fois par semaine au début puis, rapidement, j’y suis allé tous les jours jusqu’en février ou mars, quand nous avons construit la cabane au bord du Tarn", explique le gilet jaune.

Quel que soit le lieu de la mobilisation, l’idée est toujours la même : se retrouver, échanger, réfléchir sur des sujets comme le référendum d’initiative citoyenne… "Des moments de camaraderie, de convivialité… Certains sont devenus de vrais amis."

Michel reste mobilisé et il a, avec ses camarades, continué à manifester " sur pas mal de choses", comme le pass sanitaire ou la réforme des retraites. "Je n’ai jamais vraiment quitté le mouvement. Sur une éventuelle reprise des gilets jaunes, je me pose des questions… Mais je n’ai pas trouvé la réponse. Les gens râlent depuis leurs sofas… Mais ne se bougent pas. Nous, on voudrait qu’ils se bougent, pas forcément avec un gilet jaune sur le dos, mais qu’ils se bougent", affirme-t-il.

Manon, 24 ans, Villefranche-de-Rouergue

Manon (le prénom a été changé) a pris la contestation en route. Après avoir décroché un premier emploi, la jeune femme a rapidement "déchanté. L’augmentation du niveau de vie ne me permettait pas de boucler mes fins de mois". "Les promesses des différents hommes politiques au pouvoir ne donnaient rien. Habituellement, je ne descendais pas beaucoup dans la rue pour manifester. Mais là, je me suis reconnue dans certaines idées, puis j’ai rencontré des personnes avec qui j’ai pu discuter et partager les mêmes centres d’intérêt", complète-t-elle.

Avec le recul, Manon, comme ses autres camarades gilets jaunes, regrette les scènes de violences qui ont entaché le mouvement. "Aujourd’hui, si c’était à refaire, je le referais. C’est seulement dommage que beaucoup de nos revendications n’aient pas abouti."

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Philippe Henry
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