Canicule : juillet mois le plus sec jamais enregistré, les prévisionnistes inquiets pour cet automne

  • L’assèchement du sol menace les récoltes automnales. L’assèchement du sol menace les récoltes automnales.
    L’assèchement du sol menace les récoltes automnales. ML - Michel Pieyre
Publié le , mis à jour

Cette sécheresse est la plus importante depuis 1959, date du début des relevés.

Alignées sur leur pré jaune entre Tarn et Aveyron, des vaches ruminent les réserves de foin, faute d’herbe. Dans les champs, "la terre est cuite, elle se transforme en poussière. C’est une sécheresse catastrophique. Depuis juin, on a vu se multiplier les 'journées chalumeau' qui ont conjugué la chaleur caniculaire et le vent sur les cultures. Pire qu’en 1976…, constate pour sa part Didier Jeannet, céréalier dans le Lauragais. L’assèchement des sols est tel qu’on ne récoltera peut-être rien à l’automne sur les terres légères, peu profondes, avec une réelle menace sur le tournesol, le soja, le sorgho et le maïs."

Côté viticole ? "Beaucoup de vignes commencent à tirer la langue. Dans celles victimes d’échaudage, les grains ont été brûlés par le soleil", indique pour sa part Frédéric Rouanet, président du Syndicat des vignerons de l’Aude, prévoyant pour certains des vendanges anticipées d’un mois, assorties de volumes en chute. "Jamais nous ne ferons la récolte publiée par l’état le 1er juillet", ajoute-t-il.

Et autant de prévisions qui ne sont pas neutres, en Occitanie, poids lourd français des filières agricole, viticole et agroalimentaire avec 165 000 emplois et 21 milliards d’euros de CA, tandis que sur les fruitiers comme sur d’autres arbres, les feuilles jaunissent et tombent déjà.
De fait, "ce mois de juillet 2022 est le plus sec jamais enregistré depuis 1959" et le début des mesures, en raison d’un fort déficit en précipitations, a indiqué ce lundi Météo-France.

91 départements sur 96 ont des restrictions

Avec 8 mm de pluie du 1er au 25 juillet, en moyenne - soit moitié moins que juillet 2020 qui tenait jusqu’ici le record - le déficit est en effet "énorme" et cette sécheresse "historique". 91 des 96 départements de métropole connaissent aujourd’hui des restrictions.
"Avec ces chiffres, on est déjà en 2050 et le modèle climatique a clairement changé. Les treize gouttes froides qui se sont succédé au large du Portugal ont été autant d’aspirateurs à air chaud du Sahara pour nos régions. Pas de vraies pluies à espérer dans un proche délai, mais des orages de plus en plus tropicaux où il tombera beaucoup en très peu de temps et pas forcément partout. Le changement climatique est bien là", résume l’ancien prévisionniste Joël Collado, considérant lui aussi cet été "hors-norme" par rapport à 1976. Ce qu’illustre encore "la fonte précoce" des glaciers pyrénéens : "Un mois d’avance", pointe le glaciologue Pierre René, assurant leur suivi.

Garonne, Tarn, Aveyron au plus bas après une descente en flèche des niveaux, Adour, Nestes et Gave pas en forme… "Outre un cumul d’enneigement médiocre, depuis janvier il n’y a pas eu de pluies permettant aux nappes et rivières de recharger", rappelle Guillaume Choisy, directeur général de l’agence de l’eau Adour-Garonne, évoquant lui aussi une situation "sans précédent".

"Le plus difficile est à venir en septembre et octobre, s’il ne pleut pas"

Pour résumer ? La moitié de l’eau qui coule actuellement dans la Garonne à Toulouse, a été lâchée par les barrages des Pyrénées afin de maintenir débit et étiage… "Notre chance c’est que nous sommes partis cette année avec un remplissage satisfaisant en montagne et en plaine. Mais au 22 juillet, nous avons déjà consommé 25 millions de mètres cubes sur les 75 de nos réserves, un volume que l’on n’atteint en général qu’après la mi-août", précise-t-il, rappelant que les 50 millions restants ne sont pas une garantie pour la suite. "Le plus difficile est à venir en septembre et octobre, s’il ne pleut pas", pointe Guillaume Choisy. Tandis que la température de l’eau pose aussi problème, souligne Cécile Argentin, présidente de France Nature Environnement Midi-Pyrénées.

À partir de 25 °C, ce n’est pas bon pour le vivant dans les rivières. Et là, on monte parfois jusqu’à 29 °C… "Quand l’oxygène manque, les poissons meurent", rappelle-t-elle, soulignant que le cocktail "chaleur phosphate" entraîne l’augmentation des cyanobactéries dans les eaux de surface, donc des problèmes d’eau potable pour ceux qui n’ont pas de nappe où pomper. "Cela provoque aussi des phénomènes d’eutrophisation, d’explosion des algues", ajoute-t-elle.

220 millions de mètres cubes, c’était, déjà, en début d’année le déficit entre la demande en eau et la ressource disponible, dans le Grand Sud-Ouest. Selon les évaluations actuelles, ce chiffre devrait atteindre 1,2 milliard en 2050. Données qui donnent d’autant plus à réfléchir que le Jour du dépassement, cette année, vient de tomber : depuis ce 28 juillet, l’humanité vit au-dessus de ses moyens, consomme plus de ressources naturelles que la planète ne pourra en produire pour l’année. Sachant que l’eau, c’est la vie… Est-ce l’été qui ouvrira l’ère de la sobriété ?

Pierre Challier
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