Athlétisme : à Rodez, Nabi Yari court vers une nouvelle vie après avoir quitté l'Afghanistan

  • En juillet 2022, Nabi Yari a remporté l’épreuve du Défi de la Pouncho à Millau, alors qu’il ne s’était jamais entraîné sur tant de dénivelé.
    En juillet 2022, Nabi Yari a remporté l’épreuve du Défi de la Pouncho à Millau, alors qu’il ne s’était jamais entraîné sur tant de dénivelé. Repro Centre Presse Aveyron
Publié le , mis à jour

Parti d’Afghanistan il y a quinze ans pour fuir les tensions et l’horreur qui y régnaient, le néo-Ruthénois de 26 ans a découvert sa passion pour la course à pied dans un camp de réfugiés grec il y a une paire d’années. Rencontre avec celui qui est un des favoris du championnat de l'Aveyron de cross-country qui se déroule dimanche 22 janvier au parc de Vabre de Rodez

Le destin est fait de routes tortueuses, pour certains êtres humains plus que d’autres. Et ce n’est pas Nabi Yari qui dira le contraire. Rafraîchi par la neige et les températures négatives qui enveloppent les allées du parc ruthénois de Vabre, il remarque : "La vie est comme ça, c’est parfois difficile, mais il ne fait ni tout le temps froid ni tout le temps chaud." L’Afghan de 26 ans a quitté ses terres il y a une quinzaine d’années pour échapper à l’épouvante du quotidien insufflée par les talibans. Une situation toujours d’actualité qu’il évoque avec la voix teintée de tristesse.

Mais avant d’arriver à Rodez, en décembre 2021, le jeune Afghan a emprunté de nombreux chemins. Il a d’abord rallié l’Iran, puis la Turquie et la Grèce. Et c’est là, dans un camp de réfugiés où il a dû rester pendant deux ans, que Yari a commencé à courir. "J’avais 23 ou 24 ans", tente-t-il de se souvenir en cherchant ses mots entre l’anglais et le français. "Avant, j’avais essayé le karaté, la boxe, le kickboxing, mais ça ne m’avait pas plu. Et quand j’ai commencé à courir, j’ai senti que c’était le mieux pour moi." Et il le rend bien à la discipline. Car ce passionné n’a pas de limite : il aime toutes les distances, tous les dénivelés, tous les terrains, et surtout, tous les défis.

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"Je voulais simplement un toit"

Après la Grèce, Nabi Yari est passé par l’Albanie, le Monténégro, la Bosnie, la Croatie ou encore la Slovénie. Jusqu’à atterrir à Toulouse. "J’ai été à la préfecture pour faire ma demande d’asile mais ils ne m’ont pas donné de foyer, explique le jeune homme. J’y suis retourné, en insistant, car je n’avais rien ni personne, je dormais dehors. Et ils ont fini par me dire : 'On peut vous trouver un foyer, mais pas à Toulouse. Vous pouvez aller à Rodez'. Je ne savais pas où c’était mais je voulais simplement un toit." Plus d’un an après son arrivée sur le Piton, il a ses papiers, un appartement, un travail au sein de l’abattoir d’Arsac, et toujours autant l’envie de courir.

Lors de ses premiers pas à Rodez, Yari courrait seul et était isolé par la barrière de la langue. En mai, il s’est alors tourné vers une Française travaillant pour une association d’aide aux réfugiés qu’il avait rencontré en Grèce, pour l’aider à trouver un club avec lequel partager ses sorties. Cette dernière est tombée sur le site internet du Stade Rodez athlétisme et a immédiatement contacté Adrien Brayet, responsable de la section course à pied avec Benoît Dunet. "On a de la chance de l’avoir, parce qu’il tire tout le groupe vers le haut. Et pas juste parce qu’il est rapide, sourit Brayet. Il s’investit beaucoup, il est toujours là pour nous donner un coup de main. Ce n’est pas qu’un athlète, mais un ami."

Touche à tout de la course à pied

Avec ses nouveaux coéquipiers, Nabi Yari sillonne les routes du département et de la région depuis le printemps. Il a déjà accroché une quinzaine de dossards à son maillot du SRA et glané plusieurs podiums. "Du 800 mètres au semi-marathon, en montée ou en descente, il est bon partout !", souligne son coach qui se souvient d’une anecdote : "L’été dernier, il était au championnat Midi-Pyrénées et on l’a lancé sur le 800 mètres avant qu’il ne se teste sur le 3 000 mètres. Il a fait le show, comme d’habitude, et il a mis la misère à tout le monde sur le premier tour. Et après, la fin a été dure", rigole Adrien Brayet. "Après 600 mètres, je n’en pouvais plus", confirme l’athlète, le sourire aux lèvres.

Tester de nouveaux terrains de jeu ne lui fait pas peur, et même le motive. "On essaie de lui faire toucher à tout, c’est un nouveau coureur. Que ce soit des trails, de la piste, ou des cross, comme celui de dimanche, qui sera son tout premier d’ailleurs et où il fera partie des favoris." Une preuve de plus que, si Nabi Yari a déjà parcouru un nombre incalculable de kilomètres sur les courses comme dans la vie, il n’a pas fini de les enchaîner maintenant qu’il a trouvé sa voie.

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