Attaque au couteau à Paris : "il y avait du sang partout", témoigne Patrick Pelloux, médecin urgentiste intervenu sur place

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  • Le médecin urgentiste Patrick Pelloux est intervenu sur les lieux de l'attaque au couteau perpétrée à Paris, samedi 2 décembre 2023.
    Le médecin urgentiste Patrick Pelloux est intervenu sur les lieux de l'attaque au couteau perpétrée à Paris, samedi 2 décembre 2023. MAXPPP - Luc Nobout
Publié le
Recueilli par Manuel Cudel

Le médecin urgentiste a porté secours aux victimes peu de temps après l’attaque qui a fait un mort et deux blessés à Paris dans la soirée de samedi 2 décembre 2023.

Dans quelles circonstances êtes-vous intervenus sur le lieu de l’attentat perpétré à Paris, samedi soir ?

Je partais, avec mon équipe, sur une intervention dans le XVIe arrondissement de Paris et nous avons été déroutés par un monsieur qui, quand il nous a vus passer à hauteur du quai Jacques-Chirac et du pont Bir-Hakeim, nous a alertés sur le fait qu’un homme venait d’être attaqué. Je suis descendu du camion tout de suite. L’homme avait été attaqué au couteau, il saignait beaucoup. Il y avait du sang partout. C’était un peu la panique, parce que les gens avaient repéré que l’assaillant venait de partir de l’autre côté du pont. Mais, en l’espace de cinq minutes, tout le monde était là. Les pompiers sont arrivés. On a pu tout de suite faire le massage cardiaque, l’intubation, mais hélas, le coup de couteau a été fatal, on n’a pas pu sauver ce brave homme.

À quel niveau la victime a-t-elle été attaquée ?

Il l’a touchée à la tête, au niveau du cuir chevelu, et il a terminé en enfonçant son couteau dans la partie haute du thorax, au niveau des omoplates.

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Quand vous intervenez, l’assaillant n’a donc pas encore été neutralisé ?

Non, ils étaient en train de lui courir après, de l’autre côté du pont, et on avait, comme toujours dans ce cas-là, plein d’informations qui tombaient, mais ce n’était pas notre problème, c’était celui de la police. On n’a pas attendu, sinon c’était ne donner aucune chance à ce monsieur. Le fait d’attendre la sécurisation d’un lieu avant l’intervention des secours est très critiquable. Moi, mon problème c’était le malade, il y a eu une très forte mobilisation du Samu de Paris, qui a appliqué ses protocoles en lien avec les pompiers de Paris, et la police a vraiment fait son travail très vite et très bien. Après son arrestation, l’assaillant a été pris en charge par des policiers et un médecin des pompiers.

Avez-vous échangé avec la compagne de la victime,sur place ?

Oui et avec une amie qui les accompagnait. Les trois sont des infirmiers, cela m’a un peu bouleversé, je pense qu’ils étaient là pour faire la fête et pour voir ce soir-là les illuminations de la tour Eiffel. Lors de l’agression, la compagne de la victime a reçu tout le flot de sang sur ses vêtements, on avait l’impression qu’elle était blessée, mais ce n’était pas le cas. On a beaucoup parlé. Leur annoncer la mort de la victime a été un peu compliqué.

Avez-vous pu échanger avec les deux autres blessés ?

Je suis allé les voir, ils ont vu un type leur taper dessus avec un marteau, mais ils n’ont pas trop réalisé ce qui se passait. Ils étaient légèrement blessés. Ils ont donc été envoyés sur des hôpitaux de secteur pour être pris en charge.
Nous avons déclenché ensuite la cellule d’urgence médico-psychologique du Samu de Paris. Toutes les victimes ou ceux qui avaient vu des choses ont été pris en charge.

Vous étiez intervenu après l’attentat du 7 janvier 2015, à Charlie Hebdo, dans lequel nombre de vos amis ont été tués. Ce sont des images qui reviennent en pareille circonstance ?

Non, depuis 2015, je suis un peu dans la situation que devaient connaître les médecins militaires sur le front : vous avez la certitude que cela va arriver, mais on se forme énormément à tout cela, au Samu de Paris, on est très concentré sur les malades et on n’écoute pas trop nos émotions.

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Comment vivez-vous cette menace jihadiste ?

Comme tout citoyen en France : cette remise en cause permanente par un islamisme intégriste de notre société et de nos valeurs est très pénible. Il faut se battre.

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Les commentaires (1)
Altair3412 Il y a 3 mois Le 04/12/2023 à 09:41

Que de sang innocent versé et qui sera encore versé nos gouvernants faisant la politique de l'autruche !