Guerre en Ukraine : les déclarations d'Emmanuel Macron sont "un message envoyé à Moscou", selon le Général Pellistrandi

  • Les mots d'Emmanuel Macron au sujet de la guerre en Ukraine et l'éventuel envoi de troupes occidentales à l'avenir ont fait couler beaucoup d'encre.
    Les mots d'Emmanuel Macron au sujet de la guerre en Ukraine et l'éventuel envoi de troupes occidentales à l'avenir ont fait couler beaucoup d'encre. MAXPPP - GONZALO FUENTES / POOL
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Recueilli par Sabrina El Moselli

Rédacteur en chef de Défense nationale, le Général Jérôme Pellistrandi est revenu sur les déclarations d'Emmanuel Macron, affirmant que l'envoi de troupes occidentales au sol en Ukraine ne doit pas "être exclu" à l'avenir.

Les déclarations d’Emmanuel Macron n’excluant pas l’envoi de troupes françaises en Ukraine ont surpris. Peut-on parler d’un coup de bluff ?

Le rapport de force est en sa faveur, certes, mais la Russie n’arrive pas à l’exploiter, même s’il y a clairement un déficit d’artillerie trop élevé côté ukrainien. C’est d’abord un message envoyé à Moscou par Emmanuel Macron : que l’Europe, quoi qu’il arrive, sera derrière l’Ukraine et que les attaques hybrides envoyées par la Russie seront contrées. Les propos d’Emmanuel Macron interviennent aussi à la suite de toutes les déclarations de Poutine et des membres de son entourage, comme Dmitri Medvedev, qui ne cessent de mettre de l’huile sur le feu. L’intimidation est un vieux processus russe. Cette déclaration, c’est aussi ne pas se laisser intimider par Moscou.

Mais est-ce vraiment envisageable ?

Il faut d’abord replacer le discours d’Emmanuel Macron dans son contexte. Aujourd’hui, on a d’abord un pays qui est agressé, l’Ukraine, par la Russie de Vladimir Poutine. Mais au bout de deux ans, ce n’est plus seulement Kiev qui est agressée mais également les pays européens, dont la France. Contrairement à l’Ukraine, c’est une agression hybride, qui prend la forme de tentatives de déstabilisation, de la diffusion de désinformation… Pour Moscou, l’Europe est devenu un ennemi.

L’Ukraine semble en difficulté actuellement sur le terrain. Qu’est-ce qui pourrait pousser la France à engager des troupes sur le terrain face aux forces du Kremlin ?

Il n’y a pas de consensus entre les pays européens à l’heure actuelle, mais certains ne sont pas opposés à cette idée. En particulier si au printemps, après la fonte des neiges, Poutine avait la velléité de reprendre une offensive majeure, vers Kharkiv ou Kiev. On pourrait imaginer un changement de posture des pays européens à ce moment-là.

La conscription, envisagée actuellement comme une possibilité au Royaume-Uni, pourrait-elle se généraliser au sein de l’Union européenne ?

Il y a le contexte à court terme, qui est l’issue du conflit entre Kiev et Moscou. Mais sur le moyen et long terme, les pays européens ont pris conscience de la dangerosité de la Russie. L’Europe ne souhaite pas faire la guerre à la Russie, c’est la Russie qui nous fait la guerre. En conséquence, les pays européens augmentent leur budget défense, certains envisagent le retour de la conscription. À l’heure actuelle, penser que tout peut se résoudre sur le plan diplomatique est une illusion. Aujourd’hui, pour pouvoir discuter avec des pays comme la Russie, et la Chine demain, il faut être en capacité de se défendre militairement.

Quels profils de soldats Paris pourrait envoyer en Ukraine ?

Il est beaucoup trop tôt pour envisager ce type d’action, mais je penche plutôt pour un appui du renseignement français, qui permettrait aux forces ukrainiennes de se défendre, avec par exemple la définition de cibles de haute valeur stratégique en Crimée ou aux alentours. Aujourd’hui, la marine russe est humiliée et n’arrive plus à sortir de ses ports parce que ses bateaux sont régulièrement détruits. Permettre la poursuite de ce type d’action est une option envisageable.

La Finlande et l’Estonie craignent une attaque russe sur leur territoire. La Russie peut-elle attaquer d’autres pays frontaliers, et peut-on imaginer une escalade vers un conflit européen ?

Même si elle n’attaque pas militairement, c’est fort vraisemblable que la Russie cherche à déstabiliser des pays européens, en déstabilisant par exemple les processus électoraux des pays baltes ou bien les flux migratoires. Elle peut aussi chercher à jouer de son influence en Afrique. On l’a vu avec l’ambassadeur russe aux Comores qui a publiquement exprimé son soutien à l’archipel vis-à-vis des tensions avec Mayotte. C’est aussi pour ça que le président français a eu un discours extrêmement ferme. Quand on voit les déclarations de certains députés, disant qu’il faut ouvrir des négociations de paix, ça serait reconnaître de facto que l’Ukraine doit capituler, et également un alignement sur les positions de Moscou qui est, certes, prête à discuter avec l’Ukraine, mais à ses conditions.

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Les commentaires (1)
RienCompris Il y a 1 mois Le 29/02/2024 à 08:33

Ne vous faites pas d'illusions cette guerre comme les autres finira par une guerre totale en Europe. Au début on a envoyé de simples munitions à l'Ukraine puis tout est monté en puissance avec aujourd'hui des missiles de longue portée. Demain ce sera des soldats.